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Quoi, le beau nom de fille↔est un titre, ma sœur,

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Dont vous voulez quitter↔la charmante douceur ?

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Molière

LE TARTUFFE OU LIMPOSTEUR

Comédie

ACTEURS

MADAME PERNELLE, mère dOrgon.

ORGON, mari dElmire.

ELMIRE, femme dOrgon.

DAMIS, fils dOrgon.

MARIANE, fille dOrgon et amante de Valère.

VALÈRE, amant de Mariane.

CLÉANTE, beau-frère dOrgon.

TARTUFFE, faux dévot.

DORINE, suivante de Mariane.

MONSIEUR LOYAL, sergent.

UN EXEMPT.

FLIPOTE, servante de Madame Pernelle.

La scène est à Paris.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE

MADAME PERNELLE et FLIPOTE, sa servante, ELMIRE, MARIANE, DORINE, DAMIS, CLÉANTE.

MADAME PERNELLE

Allons, Flipote, allons;↔que deux je me délivre.→

ELMIRE

Vous marchez dun tel pas,↔quon a peine à vous suivre.→

MADAME PERNELLE

Laissez, ma bru, laissez ;↔ne venez pas plus loin;→

Ce sont toutes façons,↔dont je nai pas besoin.→

ELMIRE

De ce que lon vous doit,↔envers vous on sacquitte.→

Mais, ma mère, doù vient[1]↔que vous sortez si vite?→

MADAME PERNELLE

Cest que je ne puis voir↔tout ce ménage-ci,→

Et que de me complaire,↔on ne prend nul souci.→

Oui, je sors de chez vous↔ fort mal ↑édife ;→

Dans toutes mes leçons,↔ jy suis↑ contrare ;→

On ny respecte rien;↔chacun y parle haut,→

Et cest, tout justement,↔la cour du roi Pétaut[2].→

DORINE

Si

MADAME PERNELLE

Vous êtes, mamie,↔une fille suivante→

Un peu trop forte en gueule,↔et fort impertinente :→

Vous vous mêlez sur tout↔de dire votre avis.→

DAMIS

Mais

MADAME PERNELLE

Vous êtes un sot[3]↔en trois lettres, mon fils ;→

Cest moi qui vous le dis,↔qui suis votre grandmère ;→

Et jai prédit cent fois↔à mon fils, votre père,→

Que vous preniez tout lair↔dun méchant garnement[4],→

Et ne lui donneriez↔jamais que du tourment.→

MARIANE

Je crois

MADAME PERNELLE

Mon Dieu, sa sœur,↔vous faites la discrète,→

Et vous ny touchez pas,↔tant vous semblez doucette :→

Mais il nest, comme on dit,↔pire eau, que leau qui dort[5],→

Et vous menez sous chape,↔un train que je hais fort.→

ELMIRE

Mais, ma mère

MADAME PERNELLE

Ma bru[6],↔quil ne vous en déplaise,→

Votre conduite en tout,↔est tout à fait mauvaise:→

Vous devri[j]ez leur mettre↔un bon exemple aux yeux,→

Et leur défunte mère↔en usait beaucoup mieux.→

Vous êtes dépensre,↔et cet état me blesse,→

Que vous alliez vêtue↔ainsi quune princesse.→

Quiconque à son mari↔veut plaire seulement,→

Ma bru, na pas besoin↔de tant dajustement.

CLÉANTE

Mais, Madame, après tout↔

MADAME PERNELLE

Pour vous, Monsieur son frère,→

Je vous estime fort,↔vous aime, et vous révère :→

Mais enfin, si jétais↔de mon fils son époux,→

Je vous pri[j]erais bien fort,↔de nentrer point chez nous.→

Sans cesse vous prêchez↔des maximes de vivre,→

Qui par dhonnêtes gens↔ne se doivent point suivre :→

Je vous parle un peu franc,↔mais cest là mon humeur,→

Et je ne mâche point↔ce que jai sur le cœur.→

DAMIS

Votre Monsieur Tartuffeest bien heureux[7] sans doute→

 

MADAME PERNELLE

Cest un homme de bien,[8]quil faut que lon écoute ;→

Et je ne puis souffrir,sans me mettre en courroux,→

De le voir querellépar un fou comme vous.

DAMIS

Quoi! je souffrirai, moi,↔quun cagot[9] de critique,→

Vienne usurper céans↔un pouvoir tyrannique ?→

Et que nous ne puissions↔à rien nous divertir,→

Si ce beau monsieur-là↔ny daigne consentir?

DORINE

Sil le faut écouter,↔et croire à ses maximes,→

On ne peut faire rien,↔quon ne fasse des crimes,→

Car il contrôle tout,↔ce critique zélé[10].→

MADAME PERNELLE

Et tout ce quil contrôle,↔est fort bien contrôlé.→

Cest au chemin du Ciel↔quil prétend vous conduire ;→

Et mon fils, à laimer[11],↔vous devrait tous induire[12].

DAMIS

Non, vo[i](y)[j]ez-vous, ma mère[13],↔il nest père, ni rien[14],→

Qui me puisse obliger↔à lui vouloir du bien.→

Je trahirais mon cœur,↔de parler dautre sorte ;→

Sur ses façons de faire,↔à tous coups je memporte ;→

Jen prévois une suite,↔et quavec ce pied plat→

Il faudra que jen vienne↔à quelque grand éclat.→

DORINE

Certes, cest une chose↔aussi qui scandalise,→

De voir quun inconnu↔céans simpatronise ;→

Quun gueux qui, quand il vint,↔navait pas de souliers,→

Et dont lhabit entier↔valait bien six deniers,→

En vienne jusque-là,↔que de se méconntre,→

↑ De contrarier tout,↔et de faire le mtre.

MADAME PERNELLE

Hé, merci de ma vie[15]↔il en irait bien mieux,→

Si tout se gouvernait↔ par ses ordres pieux.→

DORINE

Il passe pour un saint↔dans votre fantaisie ;→

Tout son fait, cro[i](y)[j]ez-moi,↔nest rien quhypocrisie.→

MADAME PERNELLE

Vo[i](y)[j]ez la langue!

DORINE

À lui,↔non plus quà son Laurent,→

Je ne me fierais, moi,↔que sur un bon garant.→

MADAME PERNELLE

Jignore ce quau fond↔le serviteur peut être ;→

Mais pour homme de bien[16],↔je garantis le mtre.→

Vous ne lui voulez mal,↔et ne le rebutez[17],→

Quà cause quil vous dit↔à tous vos vérités.→

Cest contre le péché↔que son cœur se courrouce,→

Et lintérêt du Ciel↔est tout ce qui le pousse.

DORINE

Oui; mais pourquoi surtout,↔depuis un certain temps,→

Ne saurait-il souffrir↔quaucun hanteans ?→

En quoi blesse le Ciel↔une visite honnête,→

Pour en faire un vacarme↔à nous rompre la tête ?→

Veut-on que là-dessus↔je mexplique entre nous ?→

Je crois que de Madame↔il est, ma foi, jaloux.→

MADAME PERNELLE

Taisez-vous, et songez↔aux choses que vous dites.→

Ce nest pas lui tout seul↔qui blâme ces visites ;→

Tout ce tracas qui suit↔les gens que vous hantez,→

Ces carrosses sans cesse↔à la porte plantés,→

Et de tant de laquais↔le bruyant assemblage,→

Font un éclat fâcheux↔dans tout le voisinage.→

Je veux croire quau fond↔il ne se passe rien;→

Mais enfin on en parle,↔et cela nest pas bien.

CLÉANTE

Hé, voulez-vous, Madame,↔empêcher quon ne cause ?→

Ce serait dans la vie↔une fâcheuse chose,→

Si pour les sots discours↔où lon peut être mis,→

Il fallait renoncer↔à ses meilleurs amis:→

Et quand même on pourrait↔se résoudre à le faire,→

Croiriez-vous obliger↔tout le monde à se taire?→

Contre la médisance↔il nest point de rempart ;→

À tous les sots caquets↔na[i](y)[j]ons donc nul égard ;→

Efforçons-nous de vivre↔avec toute innocence,→

Et laissons aux causeurs↔une pleine licence.→

DORINE

Daphné notre voisine,↔et son petit époux,→

Ne seraient-ils point ceux↔qui parlent mal de nous?→

Ceux de qui la conduite↔offre le plus à rire,→

Sont toujours sur autrui↔les premiers à médire ;→

Ils ne manquent jamais↔de saisir promptement→

Lapparente lueur↔du moindre attachement[18],→

Den semer la nouvelle↔avec beaucoup de joie,→

Et dy donner le tour↔quils veulent quon y croie.→

↑Des actions dautrui,↔teintes de leurs couleurs,→

Ils pensent dans le monde↔autoriser les leurs,→

Et sous le faux espoir↔de quelque ressemblance,→

Aux intrigues quils ont,↔donner de linnocence,→

Ou faire ailleurs tomber↔quelques traits partagés→

De ce blâme public↔dont ils sont trop chargés.

MADAME PERNELLE

Tous ces raisonnements↔ne font rien à laffaire :→

On sait quOrante mène↔une vie exemplaire[19] ;→

Tous ses soins vont au Ciel,↔et jai su par des gens,→

Quelle condamne fort↔le train qui vient céans.→

DORINE

Lexemple est admirable,↔et cette dame est bonne :→

Il est vrai quelle vit↔en austère personne ;→

Mais lâge, dans son âme,↔a mis ce zèle ardent,→

Et lon sait quelle est prude,↔à son corps défendant,→

Tant quelle a pu des cœurs↔attirer les hommages,→

Elle a fort bien joui↔de tous ses avantages :→

Mais vo[i](y)[j]ant de ses yeux↔tous les brillants[20] baisser,→

Au monde, qui la quitte,↔elle veut renoncer;→

Et du voile pompeux↔dune haute sagesse,→

De ses attraits usés,↔déguiser la faiblesse.→

Ce sont là les retours↔des coquettes du temps.→

Il leur est dur de voir↔déserter les galants.→

Dans un tel abandon,↔leur sombre inquiétude→

Ne voit dautre recours↔que le métier de prude ;→

Et la sévérité↔de ces femmes de bien,→

Censure toute chose,↔et ne pardonne à rien ;→

Hautement, dun chacun,↔elles blâment la vie,→

Non point par charité,↔mais par un trait denvie→

Qui ne saurait souffrir↔quune autre ait les plaisirs[21],→

Dont le penchant de lâge↔a sevré leurs désirs.→

MADAME PERNELLE

Voilà les contes bleus[22]↔quil vous faut, pour vous plaire.→

Ma bru, lon est, chez vous,↔contrainte de se taire ;→

Car Madame[23], à jaser,↔tient le dé tout le jour :→

Mais enfin, je prétends↔discourir à mon tour.→

Je vous dis que mon fils↔na rien fait de plus sage,→

Quen recueillant chez soi↔ce dévot personnage ;→

Que le Ciel au besoin[24]↔la céans envo[i](y)[j]é,→

Pour redresser à tous↔votre esprit fourvo[i](y)[j]é ;→

Que pour votre salut↔vous le devez entendre,→

Et quil ne reprend rien,↔qui ne soit à reprendre.→

Ces visites, ces bals,↔ ↑ ces conversations,→

Sont, du malin esprit,↔ ↑ toutes inventions.→

Là, jamais on nentend↔ ↑ de pieuses paroles,→

Ce sont propos oisifs,↔chansons, et fariboles ;→

Bien souvent le prochain↔en a sa bonne part,→

Et lon y sait médire,↔et du tiers, et du quart.→

Enfin les gens sensés↔ont leurs têtes troublées,→

↑ De la confusion↔de telles assemblées :→

Mille caquets divers ↔ sy font en moins de rien ;→

Et comme lautre jour↔un docteur dit fort bien,→

Cest véritablement↔la tour de Babylone,→

Car chacun y babille,↔et tout du long de laune[25];→

Et pour conter lhistoire↔où ce point lengage→

Voilà-t-il pas Monsieur↔qui ricane déjà?→

Allez chercher vos fous↔qui vous donnent à rire ;→

Et sans Adieu, ma bru,↔je ne veux plus rien dire.→

Sachez que pour céans↔jen rabats de moit[26],→

Et quil fera beau temps,↔quand jy mettrai le pied.→

Allons, vous; vous rêvez,↔et ba[i](y)[j]ez aux corneilles ;→

Jour de Dieu[27], je saurai↔vous frotter les oreilles ;→

Marchons, gaupe[28], marchons. ↔[29]

SCÈNE II

CLÉANTE, DORINE.

CLÉANTE

Je ny veux point aller,→

De peur quelle ne vînt ↔ encor me quereller.→

Que cette bonne femme[30]

DORINE

Ah! certes, cest dommage,→

↑ Quelle ne vous ot↔tenir un tel langage ;→

Elle vous dirait bien↔quelle vous trouve bon,→

Et quelle nest point dâge↔à lui donner ce nom.→

CLÉANTE

Comme elle sest pour rien↔contre nous échauffée!→

Et que de son Tartuffe↔elle part coiffée ![31]

DORINE

Oh vraiment, tout cela ↔ nest rien au prix du fils ;→

Et si vous laviez vu,↔vous diriez, cest bien pis[32].→

Nos troubles lavaient mis↔sur le pied dhomme sage[33],→

Et pour servir son Prince, ↔il montra du courage :→

Mais il est devenu↔comme un homme hébété,→

Depuis que de Tartuffe↔on le voit entêté.→

Il lappelle son frère,↔et laime dans son âme→

Cent fois plus quil ne fait↔mère, fils, f[i](ill)[j]e, et femme[34].→

Cest de tous ses secrets ↔unique confident,→

Et de ses actions↔le directeur[35] prudent.→

Il le choie, il lembrasse ;↔et pour une maîtresse,→

On ne saurait, je pense,↔avoir plus de tendresse.→

À table, au plus haut bout[36],↔il veut quil soit assis,→

Avec joie il ly voit↔manger autant que six ;→

Les bons morceaux de tout,↔il fait quon les lui cède[37];→

Et sil vient à roter,↔il lui dit, Dieu vous aide[38].→

(Cest une servante qui parle.)→

Enfin il en est fou ;↔cest sont tout, son héros ;→

Il l[39]admire à tous coups,↔le cite à tout propos ;→

Ses moindres actions↔lui semblent des miracles,→

Et tous les mots quil dit,↔sont pour lui des oracles.→

Lui qui connt sa dupe,↔ et qui veut en jouir,→

Par cent dehors fardés,↔a lart ↑de léblouir[40];→

Son cagotisme[41] en tire↔à toute heure des sommes,→

Et prend droit de gloser[42]↔sur tous tant que nous sommes.→

Il nest pas jusquau fat,↔qui lui sert de garçon[43],→

Qui ne se mêle aussi↔de nous faire leçon.→

Il vient nous sermonner↔avec des yeux farouches,→

Et jeter nos rubans,↔notre rouge, et nos mouches.→

Le trtre, lautre jour,↔nous rompit de ses mains,→

Un mouchoir quil trouva↔dans une Fleur des Saint[44];→

Disant que nous mêlions,↔par un crime effro[i](y)[j]able,→

Avec la sainteté,↔les parures du diable.

SCÈNE III

ELMIRE, MARIANE, DAMIS, CLÉANTE, DORINE.

ELMIRE

Vous êtes bien heureux, ↔de nêtre point venu

Au discours quà la porte↔elle nous a tenu.→

Mais jai vu mon mari;↔comme il ne ma point vue,→

 

Je veux aller là-haut↔attendre sa venue.→

 

CLÉANTE

Moi, je lattends ici↔pour moins damusement[45],→

Et je vais lui donner↔le bonjour seulement[46].→

 

 

 

DAMIS

De lhymen[47] de ma sœur,↔touchez-lui quelque chose.→

Jai soupçon que Tartuffe↔à son effet[48] soppose ;→

Quil oblige mon père↔à des détours si grands,→

Et vous nignorez pas↔quel intérêt jy prends.→

Si même ardeur enflamme,↔et ma sœur, et Valère,→

La sœur de cet ami,↔vous le savez, mest chère :→

Et sil fallait

DORINE

Il entre. ↔

SCÈNE IV

ORGON, CLÉANTE, DORINE.

ORGON

Ah, mon frère, bonjour[49].→

CLÉANTE

Je sortais, et jai joie↔à vous voir de retour :→

La campagne, à présent,↔nest pas beaucoup fleurie.→

ORGON

Dorine, mon beau-frère,↔attendez, je vous prie.→

Vous voulez bien souffrir,↔pour môter de souci,→

Que je minforme un peu↔des nouvelles dici.→

Tout sest-il, ces deux jours,↔passé de bonne sorte ?→

Quest-ce quon fait céans ?↔Comme est-ce quon sy porte ?→

 

DORINE

Madame eut, avant-hier,↔la fvre jusquau soir,→

Avec un mal de tête↔étrange à concevoir.

ORGON

Et Tartuffe ?

DORINE

Tartuffe?↔Il se porte à merveille,→

Gros, et gras, le teint frais,↔et la bouche vermeille.→

ORGON

Le pauvre homme !

DORINE

Le soir[50]↔elle eut un grand dégt,→

Et ne put au souper↔toucher à rien du tout,→

Tant sa douleur de tête↔était encor cruelle.→

ORGON

Et Tartuffe ?→

DORINE→

Il soupa,↔lui tout seul, devant elle,→

Et fort dévotement↔il mangea deux perdrix,→

Avec une moit↔de gigot en hachis.→

ORGON→

Le pauvre homme[51] !

DORINE

La nuit↔se passa tout entre,→

Sans quelle pût fermer↔un moment la paupre ;→

Des chaleurs lempêchaient↔de pouvoir sommeiller,→

Et jusquau jour, près delle,↔il nous fallut veiller.→

ORGON

Et Tartuffe ?

DORINE

Pressé↔dun sommeil agréable,→

Il passa dans sa chambre,↔au sortir de la table ;→

Et dans son lit bien chaud,↔il se mit tout soudain,→

Où sans trouble il dormit↔jusques au lendemain.→

ORGON

Le pauvre homme !→

DORINE→

À la fin,↔par nos raisons gagnée,→

Elle se résolut↔à souffrir la saignée,→

Et le soulagement↔suivit tout aussitôt.

ORGON

Et Tartuffe ?

DORINE→

Il reprit↔courage comme il faut ;→

Et contre tous les maux↔ ↑ fortifiant son âme,→

Pour réparer le sang↔quavait perdu Madame,→

But à son déjeuner,↔quatre grands coups de vin.→

ORGON

Le pauvre homme ![52]

DORINE

Tous deux↔se portent bien enfin ;→

Et je vais à Madame↔annoncer par avance,→

La part que vous prenez↔à sa convalescence.

SCÈNE V

ORGON, CLÉANTE.

CLÉANTE

À votre nez, mon frère,↔elle se rit de vous ;→

Et sans avoir dessein↔de vous mettre en courroux,→

Je vous dirai tout franc, que cest avec justice.→

A-t-on jamais parlé↔dun semblable caprice?→

Et se peut-il quun homme↔ait un charme aujourdhui

À vous faire oubli[j]er↔toutes choses pour lui ?→

Quaprès avoir chez vous↔réparé sa misère,→

Vous en veniez au point↔

ORGON

Alte-là, mon beau-frère,→

Vous ne connaissez pas↔celui dont vous parlez.→

CLÉANTE

Je ne le connais pas,↔puisque vous le voulez :→

Mais enfin, pour savoir↔quel homme ce peut être→

ORGON

Mon frère, vous seriez↔charmé de le conntre,→

Et vos ravissements[53]↔ne prendraient point de fin.→

Cest un homme qui ha↔un homme un homme enfin.→

Qui suit bien ses leçons,↔goûte une paix profonde,→

Et comme du fumier,↔regarde tout le monde[54].→

Oui, je deviens tout autre↔avec son entretien,→

Il menseigne à navoir↔ ↑ affection pour rien ;→

De toutes amits ↔il détache mon âme ;→

Et je verrais mourir↔frère, enfants, mère, et femme,→

Que je men soucierais↔autant que de cela.→

 

CLÉANTE

Les sentiments humains,↔mon frère, que voilà!→

ORGON

Ha, si vous aviez vu↔comme jen fis rencontre,→

Vous auriez pris pour lui↔lamitié que je montre.→

Chaque jour à léglise↔il venait dun air doux,→

Tout vis-à-vis de moi,↔se mettre à deux genoux[55].→

Il attirait les yeux↔de lassemblée entre,→

Par lardeur dont au Ciel↔ il poussait sa pri[j]ère :→

Il faisait des soupirs,↔de grands élancements,→

Et baisait humblement↔la terre à tous moments ;→

Et lorsque je sortais,↔il me devançait vite,→

Pour maller à la porte↔offrir de leau bénite.→

Instruit par son garçon,↔qui dans tout limitait,→

Et de son indigence,↔et de ce quil était,→

Je lui faisais des dons;↔mais avec modestie,→

Il me voulait toujours↔en rendre une partie[56].→

Cest trop, me disait-il,↔cest trop de la moit,→

Je ne mérite pas↔de vous faire pit :→

Et quand je refusais↔de le vouloir reprendre,→

Aux pauvres, à mes yeux,↔il allait le répandre.→

Enfin le Ciel, chez moi,↔me le fit retirer,→

Et depuis ce temps-là,↔tout semble y prospérer.→

Je vois quil reprend tout,↔et quà ma femme même,→

Il prend pour mon honneur↔un intérêt extrême ;→

Il mavertit des gens↔qui lui font les yeux doux,→

Et plus que moi, six fois,↔il sen montre jaloux.→

Mais vous ne croiriez point↔jusqu monte son zèle ;→

Il simpute à péché↔la moindre bagatelle,→

Un rien presque suffit↔pour le scandaliser,→

Jusque-là quil se vint↔lautre jour accuser→

Davoir pris une puce↔en faisant sa pri[j]ère,→

Et de lavoir tuée↔avec trop de colère.→

CLÉANTE

Parbleu, vous êtes fou,↔mon frère, que je croi.→

Avec de tels discours↔vous moquez-vous de moi ?→

Et que prétendez-vous↔que tout ce badinage[57]

ORGON

Mon frère, ce discours↔sent le libertinage[58].→

Vous en êtes un peu↔dans votre âme entiché[59];→

Et comme je vous lai↔plus de dix fois prêché,→

Vous vous attirerez↔quelque méchante affaire.→

CLÉANTE

Voilà de vos pareils↔le discours ordinaire.→

Ils veulent que chacun↔soit aveugle comme eux.→

Cest être libertin,↔que davoir de bons yeux ;→

Et qui nadore pas↔de vaines simagrées,→

Na ni respect, ni foi,↔pour les choses sacrées.→

Allez, tous vos discours↔ne me font point de peur ;→

Je sais comme je parle,↔et le Ciel voit mon cœur.→

De tous vos façonniers↔on nest point les esclaves,→

Il est de faux dévots,↔ainsi que de faux braves :→

Et comme on ne voit pas↔quoù lhonneur les conduit,→

Les vrais braves soient ceux↔qui font beaucoup de bruit ;→

Les bons et vrais dévots↔quon doit suivre à la trace,→

Ne sont pas ceux aussi↔qui font tant de grimace.→

Hé quoi! vous ne ferez↔ ↑ nulle distinction

Entre lhypocrisie,↔ et la dévotion ?→

Vous les voulez traiter ↔ dun semblable langage,→

Et rendre même honneur↔au masque quau visage ?→

Egaler lartifice,↔à la sincérité ;→

Confondre lapparence,↔avec la vérité ;→

Estimer le fantôme,↔autant que la personne ;→

Et la fausse monnaie,↔à légal de la bonne ?→

Les hommes, la plupart,↔sont étrangement faits !→

Dans la juste nature↔on ne les voit jamais.→

La raison a pour eux↔des bornes trop petites.→

En chaque caractère↔ils passent ses limites,→

Et la plus noble chose,↔ ils la gâtent souvent,→

Pour la vouloir outrer,↔et pousser trop avant.→

Que cela vous soit dit↔en passant, mon beau-frère.→

 

ORGON

Oui, vous êtes, sans doute[60],↔un docteur quon révère ;→

Tout le savoir du monde↔est chez vous retiré,→

Vous êtes le seul sage,↔et le seul éclairé,→

Un oracle, un Caton[61],↔dans le siècle nous sommes,→

Et près de vous ce sont↔des sots, que tous les hommes.→

CLÉANTE

Je ne suis point, mon frère,↔un docteur révéré,→

Et le savoir, chez moi,↔nest pas tout retiré.→

Mais en un mot je sais,↔ ↑↓pour tout ma science,→

Du faux, avec le vrai,↔faire la différence :→

Et comme je ne vois↔nul genre de héros→

Qui soient plus à priser↔que les parfaits dévots ;→

Aucune chose au monde,↔et plus noble, et plus belle,→

Que la sainte ferveur↔dun véritable zèle ;→

Aussi ne vois-je rien↔ qui soit ↑ plus odieux[62],→

Que le dehors plâtré↔ dun zèle spécieux ;→

Que ces francs charlatans,↔que ces dévots de place[63],→

De qui la sacrilège↔et trompeuse grimace→

Abuse impunément,↔et se joue à leur gré,→

De ce quont les mortels↔de plus saint, et sacré.→

Ces gens, qui par une âme↔à lintérêt soumise,→

↑ Font de dévotion↔métier et marchandise,→

Et veulent acheter↔crédit, et dignités,→

À prix de faux clins dyeux,↔et délans affectés.→

Ces gens, dis-je, quon voit↔dune ardeur non commune,→

Par le chemin du Ciel↔courir à leur fortune ;→

Qui brûlants, et pri[j]ants,↔demandent chaque jour[64],→

Et prêchent la retraite↔au milieu de la cour :→

Qui savent ajuster↔leur zèle avec leurs vices,→

Sont prompts, vindicatifs,↔sans foi, pleins dartifices,→

Et pour perdre quelquun,↔couvrent insolemment,→

De lintérêt du Ciel,↔leur fier[65] ressentiment ;→

Dautant plus dangereux↔dans leur âpre colère,→

Quils prennent contre nous↔des armes quon révère,→

Et que ↑ leur passion↔dont on leur sait bon gré,→

Veut nous assassiner↔avec un fer sacré.→

De ce faux caractère,↔on en voit trop partre ;→

Mais les dévots de cœur↔sont aisés à conntre.→

Notre siècle, mon frère,↔en expose à nos yeux,→

Qui peuvent nous servir↔ dexemples glorieux.→

Regardez Ariston,↔ ↑ regardez Périandre,→

Oronte, Alcidamas,↔Polydore, Clitandre :→

Ce titre par aucun↔ne leur est débattu,→

Ce ne sont point du tout↔fanfarons de vertu,→

On ne voit point en eux↔ce faste insupportable,→

Et leur ↑ dévotion↔est humaine, est traitable.→

Ils ne censurent point↔ ↑ toutes nos actions,→

Ils trouvent trop dorgueil↔ dans ces corrections,→

Et laissant la fierté↔des paroles aux autres,→

Cest par leurs actions,↔quils reprennent les nôtres.→

Lapparence du mal↔a chez eux peu dappui[66],→

Et leur âme est portée↔à juger bien dautrui ;→

Point de cabale en eux;↔point dintrigues à suivre ;→

On les voit pour tous soins,↔se mêler de bien vivre.→

Jamais contre un pécheur↔ils nont dacharnement.→

Ils attachent leur haine↔au péché seulement,→

Et ne veulent point prendre,↔avec un zèle extrême,→

Les intérêts du Ciel,↔plus quil ne veut lui-même.→

Voilà mes gens, voilà↔comme il en faut user,→

Voilà lexemple enfin↔quil se faut proposer.→

Votre homme, à dire vrai,↔nest pas de ce modèle,→

Cest de fort bonne foi↔que vous vantez son zèle,→

Mais par un faux éclat↔↑je vous crois ébloui[67].→

ORGON

Monsieur mon cher beau-frère, ↔ ↑ avez-vous tout dit ?→

CLÉANTE

Oui.

ORGON

Je suis votre valet. (Il veut sen aller.)↔

CLÉANTE

De grâce, un mot, mon frère,→

Laissons là ce discours.↔Vous savez que Valère,→

Pour être votre gendre,↔a parole de vous.→

ORGON

Oui.

CLÉANTE

Vous aviez pris jour↔ pour un lien si doux.→

ORGON

Il est vrai.

CLÉANTE

Pourquoi donc↔en différer la fête ?→

ORGON

Je ne sais.

CLÉANTE

Auriez-vous↔autre pensée en tête ?→

ORGON

Peut-être.

CLÉANTE

Vous voulez↔manquer à votre foi ?→

ORGON

Je ne dis pas cela.↔

CLÉANTE

Nul obstacle, je croi,→

Ne vous peut empêcher↔daccomplir vos promesses.→

ORGON

Selon.

CLÉANTE

Pour dire un mot,↔faut-il tant de finesses ?→

Valère, sur ce point,↔me fait vous visiter.→

ORGON

Le Ciel en soit ↑ loué.↔

CLÉANTE

Mais que lui reporter ?→

 

ORGON.→

Tout ce quil vous plaira.↔

CLÉANTE

Mais il est nécessaire→

De savoir vos desseins.↔ Quels sont-ils donc ?

ORGON

De fair[68]

Ce que le Ciel voudra.↔

CLÉANTE→

Mais parlons tout de bon.→

Valère a votre foi.↔La tiendrez-vous, ou non ?→

ORGON

Adieu.

CLÉANTE

Pour son amour,↔je crains une disgrâce,→

Et je dois lavertir↔de tout ce qui se passe.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE

ORGON, MARIANE.

ORGON

Mariane.

MARIANE

Mon père.↔

ORGON

Approchez. Jai de quoi

Vous parler en secret.↔

 

MARIANE

Que cherchez-vous ?

ORGON (Il regarde dans un petit cabinet.)

Je voi

Si quelquun nest point là,↔qui pourrait nous entendre :→

Car ce petit endroit↔est propre pour surprendre.→

Or sus, nous voilà bien.↔Jai, Mariane, en vous,→

Reconnu, de tout temps,↔un esprit assez doux ;→

Et de tout temps aussi↔vous mavez été chère.→

MARIANE

Je suis fort redevable↔à cet amour de père[69].→

ORGON

Cest fort bien dit, ma fille ;↔et pour le mériter,→

Vous devez navoir soin↔que de me contenter.→

MARIANE→

Cest je mets aussi↔ma gloire la plus haute.→

ORGON→

Fort bien. Que dites-vous↔de Tartuffe notre hôte[70][71] ?→

MARIANE→

Qui, moi ?

ORGON→

Vous. Vo[i](y)[j]ez bien↔comme vous répondrez.→

 

MARIANE

Hélas ![72] jen dirai, moi,↔tout ce que vous voudrez.→

 

 

 

ORGON

Cest parler sagement.↔Dites-moi donc, ma fille,→

Quen toute sa personne↔un haut mérite brille,→

Quil touche votre cœur,↔et quil vous serait doux→

De le voir, par mon choix,↔devenir votre époux.→

Eh ?

MARIANE (Mariane se recule avec surprise.)

Eh ?→

ORGON

Quest-ce ?

MARIANE

Plaît-il ?↔[73]

ORGON

Quoi ?

MARIANE

Me suis-je méprise ?→

ORGON

Comment?

MARIANE

Qui voulez-vous,↔[74]mon père, que je dise,→

Qui me touche le cœur,↔et quil me serait doux→

De voir, par votre choix,↔devenir mon époux ?→

ORGON

Tartuffe.

MARIANE

Il nen est rien,↔mon père, je vous jure :→

Pourquoi me faire dire↔une telle imposture ?→

ORGON

Mais je veux que cela ↔ soit une vérité ;→

Et cest assez pour vous, que je laie arrêté.→

MARIANE→

Quoi! vous voulez, mon père↔

ORGON

Oui, je prétends, ma fille,

Unir, par votre hymen[75],↔Tartuffe à ma famille.→

Il sera votre époux,↔jai résolu cela ;→

Et comme sur vos vœux↔je

SCÈNE II→

DORINE, ORGON, MARIANE.→

ORGON

Que faites-vous là ?→[76]

La curiosité qui↔vous presse, est bien forte,→

Mamie, à nous venir↔écouter de la sorte[77].→

DORINE

Vraiment, je ne sais pas↔si cest un bruit qui part→

De quelque conjecture,↔ou dun coup de hasard ;→

Mais ↓ de ce mariage↔on ma dit la nouvelle,→

Et jai traité cela↔de pure bagatelle.→

ORGON

Quoi donc, la chose est-elle↔ incro[i](y)[j]able?

DORINE

À tel point[78],→

Que vous-même, Monsieur,↔je ne vous en crois point.→

ORGON

Je sais bien le mo[i](y)[j]en↔de vous le faire croire.→

DORINE

Oui, oui, vous nous contez↔une plaisante histoire.→

ORGON

Je conte justement↔ce quon verra dans peu.→

DORINE

Chansons.

ORGON

Ce que je dis[79],↔ma fille, nest point jeu.→

DORINE

Allez, ne cro[i](y)[j]ez point↔à Monsieur votre père,→

Il raille.

ORGON

Je vous dis↔

DORINE

Non, vous avez beau faire,→

On ne vous croira point. ↔

ORGON

À la fin, mon courroux→

DORINE

Hé bien on vous croit donc,↔et cest tant pis pour vous.→

Quoi ! se peut-il, Monsieur,↔quavec lair dhomme sage,→

Et cette large barbe↔au milieu du visage,→

Vous so[i](y)[j]ez assez fou↔pour vouloir

ORGON

Écoutez.

Vous avez pris céans↔certaines privautés→

Qui ne me plaisent point;↔je vous le dis, mamie.→

DORINE

Parlons sans nous fâcher,↔Monsieur, je vous supplie.→

Vous moquez-vous des gens,↔davoir fait ce complot?→

Votre fille nest point↔laffaire dun bigot.→

Il a dautres emplois↔auxquels il faut quil pense ;→

Et puis, que vous apporte↔une telle alliance ?→

À quel sujet aller,↔avec tout votre bien,→

Choisir un gendre gueux↔

ORGON

Taisez-vous. Sil na rien,→

Sachez que cest par là,↔quil faut quon le révère.→

Sa misère est sans doute[80]↔une honnête misère.→

Au-dessus des grandeurs↔elle doit lélever,→

Puisque enfin de son bien↔il sest laissé priver→

Par son trop peu de soin↔des choses temporelles,→

Et sa puissante attache↔aux choses éternelles.→

Mais mon secours pourra↔lui donner les mo[i](y)[j]ens→

De sortir dembarras,↔et rentrer dans ses biens.→

Ce sont fiefs quà bon titre↔au pa[i](y)[ i]s on renomme ;→

Et tel que lon le voit,↔il est bien gentilhomme[81].→

DORINE

Oui, cest lui qui le dit;↔et cette vanité,→

Monsieur, ne sied pas bien↔ avec ↑ la piété.→

Qui dune sainte vie↔embrasse linnocence,→

Ne doit point tant prôner↔son nom, et sa naissance ;→

Et lhumble procédé↔ ↑ de la dévotion,→

Souffre mal les éclats↔de cette ambition.→

À quoi bon cet orgueil↔Mais ce discours vous blesse,→

Parlons de sa personne,↔et laissons sa noblesse.→

Ferez-vous possesseur,↔sans quelque peu dennui,→

Dune fille comme elle,↔un homme comme lui ?→

Et ne devez-vous pas↔songer aux bienances,→

Et de cette union↔prévoir les conséquences ?→

Sachez que dune fille↔on risque la vertu,→

Lorsque dans son hymen↔son gt est combattu ;→

Que le dessein dy vivre↔en honnête personne,→

Dépend des qualités↔du mari quon lui donne ;→

Et que ceux dont partout↔on montre au doigt le front,→

Font leurs femmes souvent,↔ce quon voit quelles sont.→

Il est bien difficile↔enfin dêtre fidèle→

À de certains maris↔faits dun certain modèle ;→

Et qui donne à sa fille ↔ un homme quelle hait,→

Est responsable au Ciel↔des fautes quelle fait.→

Songez à quels périls↔votre dessein vous livre.

 

ORGON

Je vous dis quil me faut↔apprendre delle à vivre.→

DORINE

Vous nen feriez que mieux,↔de suivre mes leçons.→

ORGON

Ne nous amusons point,↔ma fille, à ces chansons ;→

Je sais ce quil vous faut,↔et je suis votre père.→

Javais donné pour vous↔ma parole à Valère ;→

Mais outre ↓quà jouer↔on dit quil est enclin,→

Je le soupçonne encor↔dêtre un peu libertin[82];→

Je ne remarque point↔quil hante les églises.→

DORINE

Voulez-vous quil y coure↔à vos heures précises,→

Comme ceux qui ny vont↔que pour être aperçus ?→

ORGON

Je ne demande pas↔votre avis là-dessus[83].→

Enfin, avec le Ciel,↔lautre est le mieux du monde,→

Et cest une richesse↔à nulle autre seconde[84].→

Cet hymen, de tous biens,↔comblera vos désirs.→

Il sera tout confit↔en douceurs, et plaisirs[85].→

Ensemble vous vivrez,↔dans vos ardeurs fidèles,→

Comme deux vrais enfants,↔comme deux tourterelles.→

À nul fâcheux débat↔jamais vous nen viendrez,→

Et vous ferez de lui↔tout ce que vous voudrez.→

DORINE

Elle? elle nen fera↔quun sot[86], je vous assure.→

ORGON

Ouais, quels discours !

DORINE

Je dis↔[87]quil en a lencolure,→

Et que son ascendant[88],↔Monsieur, lemportera

Sur toute la vertu↔que votre fille aura.→

 

ORGON

Cessez de minterrompre,↔et songez à vous taire,→

Sans mettre votre nez↔où vous navez que faire.→

DORINE

Je nen parle, Monsieur,↔que pour votre intérêt.→

(Elle linterrompt toujours au moment quil se retourne pour parler à sa fille.)

ORGON

Cest prendre trop de soin;↔taisez-vous, sil vous plt.→

DORINE

Si lon ne vous aimait↔

ORGON

Je ne veux pas quon maime.→

DORINE

Et je veux vous aimer,↔Monsieur, malgré vous-même.

ORGON

Ah!

DORINE

Votre honneur mest cher,↔et je ne puis souffrir→

Quaux brocards dun chacun↔vous alliez vous offrir.→

ORGON

Vous ne vous tairez point ?↔

DORINE

↑Cest une conscience[89],→

Que de vous laisser faire ↔une telle alliance.→

ORGON

Te tairas-tu, serpent,↔dont les traits effrontés→

DORINE

Ah! vous êtes dévot,↔et vous vous emportez ?→

ORGON

Oui, ma bile séchauffe↔à toutes ces fadaises,→

Et, tout résolûment,↔je veux que tu te taises.→

 

DORINE

Soit. Mais ne disant mot,↔je nen pense pas moins.→

ORGON

Pense, si tu le veux;↔mais applique tes soins→

ne men point parler,↔ou suffit.

(Se retournant vers sa fille.)→

Comme sage,→[90]

Jai pesé mûrement↔toutes choses.→

DORINE

Jenrage[91]

De ne pouvoir parler.↔

(Elle se tait lorsquil tourne la tête.)

ORGON

Sans être damoiseau,→

Tartuffe est fait de sorte↔

DORINE

Oui, cest un beau museau.→

ORGON

Que quand tu naurais même↔aucune sympathie→

Pour tous les autres dons↔

(Il se tourne devant elle, et la regarde les bras croisés.)

DORINE

La voil bien lotie.→[92]

Si jétais en sa place,↔un homme assurément→

Ne mépouserait pas↔de force, impunément ;→

Et je lui ferais voir↔bientôt, après la fête,→

Quune femme a toujours↔une vengeance prête.→

 

 

ORGON

Donc, de ce que je dis,↔on ne fera nul cas ?→

DORINE

De quoi vous plaignez-vous ?↔je ne vous parle pas.→

ORGON

Quest-ce que tu fais donc?↔

DORINE

Je me parle moi-même.→

ORGON

Fort bien. ↑ Pour châtier↔son insolence extrême,→

Il faut que je lui donne↔un revers de ma main.→

 

(Il se met en posture de lui donner un soufflet; et Dorine chaque coup doeil quil jette, se tient droite sans parler.)

Ma fille, vous devez↔approuver mon dessein

Croire que le mari↔que jai su vous élire[93]

Que ne te parles-tu?↔

DORINE

Je nai rien me dire.→

ORGON

Encore un petit mot.↔

DORINE

Il ne me plt pas, moi.→

ORGON

Certes, je ty guettais.↔

DORINE

Quelque sotte, ma foi[94].→

ORGON

Enfin, ma fille, il faut↔pa[i](y)[j]er dobéissance[95],→

Et montrer, pour mon choix,↔entre déférence.→

DORINE (en senfuyant.)

Je me moquerais fort[96],↔de prendre un tel époux.→

ORGON (Il lui veut donner un soufflet, et la manque.)

Vous avez l, ma fille,↔une peste avec vous[97],→

Avec qui, sans péché,↔je ne saurais plus vivre.→

Je me sens hors détat↔maintenant de poursuivre,→

Ses discours insolents↔mont mis lesprit en feu,→

Et je vais prendre lair,↔pour me rasseoir[98] un peu.

SCÈNE III

DORINE, MARIANE.

DORINE

Avez-vous donc perdu,↔dites-moi, la parole ?→

Et faut-il quen ceci↔je fasse votre rôle ?→

Souffrir quon vous propose↔un projet insensé,→

Sans que du moindre mot↔vous lai(y)iez repoussé !→

MARIANE

Contre un père absolu,↔que veux-tu que je fasse ?→

DORINE

Ce quil faut pour parer↔une telle menace.→

MARIANE

Quoi ?

DORINE→

Lui dire quun cœur↔[99]naime point par autrui ;→

↑ Que vous vous mariez↔pour vous, non pas pour lui ;→

Quétant celle pour qui↔se fait toute laffaire,→

Cest vous, non lui,↔que le mari doit plaire ;→

Et que si son Tartuffe↔est pour lui si charmant,→

Il le peut épouser,↔sans nul empêchement.→

MARIANE

Un père, je lavoue,↔a sur nous tant dempire,→

Que je nai jamais eu↔la force de rien dire.→

DORINE

Mais raisonnons. Valère↔a fait pour vous des pas[100];→

Laimez-vous, je vous prie,↔ou ne laimez-vous pas ?→

MARIANE

Ah ! Quenvers mon amour,↔ton injustice est grande,→

Dorine ! me dois-tu ↔ faire cette demande ?→

Tai-je pas l-dessus↔ouvert cent fois mon cœur ?→

Et sais-tu pas, pour lui,↔jusqu va mon ardeur ?→

DORINE

Que sais-je si le cœur↔a parlé par la bouche,→

Et si cest tout de bon↔que cet amant vous touche ?→

MARIANE

Tu me fais un grand tort,↔Dorine, den douter,→

Et mes vrais sentiments↔ont su trop éclater.→

DORINE

Enfin, vous laimez donc ?↔

MARIANE

Oui, dune ardeur extrême.→

DORINE

Et selon lapparence,↔il vous aime de même ?→

MARIANE

Je le crois.

DORINE

Et tous deux↔[101]brûlez également→

De vous ↑ voir mariés↔ensemble ?→

MARIANE

Assurément.→[102]

DORINE

Sur cette autre union,↔quelle est donc votre attente ?→

MARIANE

De me donner la mort,↔ si lon ↑ me violente.→

DORINE

Fort bien. Cest un recours↔où je ne songeais pas ;→

Vous navez qu mourir,↔pour sortir dembarras,→

Le remède sans doute↔est merveilleux. Jenrage,→

Lorsque jentends tenir↔ces sortes de langage.→

MARIANE

Mon Dieu, de quelle humeur,↔Dorine, tu te rends!→

Tu ne compatis point↔aux déplaisirs des gens.→

DORINE

Je ne compatis point↔ qui dit des sornettes,→

Et dans ↑ loccasion[103]↔mollit comme vous faites.→

MARIANE

Mais que veux-tu? si jai↔de la timidité.→

DORINE

Mais lamour dans un cœur↔veut de la fermeté.

MARIANE

Mais nen gardé-je pas↔pour les feux de Valère ?→

Et nest-ce pas lui↔de mobtenir dun père?→

 

DORINE

Mais quoi! si votre père↔est un bourru[104] fieffé,→

Qui sest de son Tartuffe↔entrement coiffé[105],→

Et manque lunion↔quil avait arrêtée,→

La faute votre amant↔doit-elle être imputée ?→

MARIANE

Mais par un haut refus,↔et déclatants mépris,→

Ferai-je, dans mon choix,↔voir un cœur trop épris ?→

Sortirai-je pour lui, ↔ quelque éclat dont il brille,→

De la pudeur du sexe,↔et du devoir de fille ?→

Et veux-tu que mes feux↔par le monde étalés→

DORINE

Non, non, je ne veux rien.↔Je vois que vous voulez→

Être Monsieur Tartuffe;↔et jaurais, quand jy pense,→

Tort de vous détourner↔dune telle alliance.→

Quelle raison aurais-je↔ combattre vos vœux?→

Le parti, de soi-même,↔est fort avantageux.→

Monsieur Tartuffe ! oh, oh,↔nest-ce rien quon propose ?→

Certes, Monsieur Tartuffe,↔ bien prendre la chose,→

Nest pas un homme, non,↔qui se mouche du p[106],→

Et ce nest pas peu dheur[107],↔que dêtre sa moit.→

Tout le monde déj↔de gloire le couronne,→

Il est noble chez lui[108],↔bien fait de sa personne,→

Il a loreille rouge,↔et le teint bien fleuri ;→

Vous vivrez trop contente↔avec un tel mari[109].

MARIANE

Mon Dieu

DORINE

Quelle allégresse↔[110]aurez-vous dans votre âme,→

Quand dun époux si beau↔vous vous verrez la femme !→

MARIANE

Ha, cesse, je te prie,↔un semblable discours,→

Et contre cet hymen↔ouvre-moi du secours.→

Cen est fait, je me rends,↔et suis prête tout faire.→

DORINE

Non, il faut quune fille↔obéisse son père,→

Voulût-il lui donner↔un singe pour époux.→

Votre sort est fort beau,↔de quoi vous plaignez-vous ?→

Vous irez par le coche↔en sa petite ville,→

Quen oncles, et cousins,↔vous trouverez fertile ;→

Et vous vous plairez fort↔ les entretenir.→

Dabord chez le beau monde↔on vous fera venir.→

Vous irez visiter,↔pour votre bienvenue,→

Madame la baillive, ↔ et Madame lélue[111],→

Qui dun siége pli[j]ant[112]↔vous feront honorer.→

L, dans le carnaval,↔vous pourrez espérer→

Le bal, et la grandbande[113],↔ savoir, deux musettes,→

Et, parfois, Fagotin[114],↔↑et les marionnettes.→

Si pourtant votre époux↔

 

MARIANE

Ah! tu me fais mourir.→

De tes conseils, plutôt,↔songe me secourir.→

DORINE

Je suis votre servante.↔

MARIANE

Eh, Dorine, de grâce→

DORINE

Il faut, pour vous punir,↔que cette affaire passe[115].→

MARIANE

Ma pauvre fille!

DORINE

Non.↔[116]

MARIANE

Si mes vœux déclarés[117]

DORINE

Point, Tartuffe est votre homme,↔et vous en tâterez.→

MARIANE

Tu sais qu toi toujours↔je me suis confi[j]ée.→

Fais-moi

DORINE

Non; vous serez,↔[118]ma foi, ↑ tartuffe.→

 

MARIANE

Hé bien, puisque mon sort ↔ ne saurait témouvoir,→

Laisse-moi désormais↔toute mon désespoir.→

Cest de lui que mon cœur↔empruntera de laide,→

Et je sais, de mes maux, ↔linfaillible remède. (Elle veut sen aller.)

DORINE

Hé, l, l, revenez; ↔je quitte mon courroux.→

Il faut, nonobstant tout,↔avoir pit de vous.→

MARIANE

Vois-tu, si lon mexpose↔ ce cruel martyre,→

Je te le dis, Dorine,↔il faudra que jexpire.→

DORINE

Ne vous tourmentez point,↔on peut adroitement→

Empêcher Mais voici↔Valère votre amant.

SCÈNE IV

VALÈRE, MARIANE, DORINE.

VALÈRE

On vient de débiter,↔Madame, une nouvelle[119],→

Que je ne savais pas,et qui sans doute[120] est belle.→

MARIANE

Quoi ?

VALÈRE

Que vous épousez↔Tartuffe.

MARIANE

Il est certain[121]

Que mon père sest mis↔en tête ce dessein.→

VALÈRE

Votre père, Madame↔

MARIANE

A changé de visée.→

La chose vient par lui↔de mêtre proposée.→

VALÈRE

Quoi, sérieusement ?→

MARIANE

Oui, sérieusement ;→

Il sest, pour cet hymen[122],↔déclaré hautement.→

VALÈRE

Et quel est le dessein↔où votre âme sarrête[123],→

Madame ?

MARIANE

Je ne sais.↔[124]

VALÈRE

La réponse est honnête.→

Vous ne savez ?

MARIANE

Non.

VALÈRE

Non ?↔[125]

MARIANE

Que me conseillez-vous ?→

VALÈRE

Je vous conseille, moi,↔de prendre cet époux.→

MARIANE

Vous me le conseill[j]ez ?↔

VALÈRE

Oui.

MARIANE

Tout de bon ?

VALÈRE

Sans doute.→[126]

Le choix ↑ est glorieux,↔et vaut bien quon lécoute.→

MARIANE

Hé bien, cest un conseil,↔Monsieur, que je reçois.→

VALÈRE

Vous naurez pas grandpeine↔ le suivre, je crois.→

MARIANE

Pas plus qu le donner↔en a souffert votre âme.→

VALÈRE

Moi, je vous lai donné↔pour vous plaire, Madame.→

MARIANE

Et moi, je le suivrai,↔pour vous faire plaisir.→

DORINE

Voi[j]ons ce qui pourra↔de ceci réussir[127].→

VALÈRE

Cest donc ainsi quon aime?↔Et cétait tromperie,→

Quand vous

MARIANE

Ne parlons point↔[128]de cela, je vous prie.→

Vous mavez dit tout franc,↔que je dois accepter→

Celui que, pour époux,↔on me veut présenter :→

Et je déclare, moi,↔que je prétends le faire,→

Puisque vous men donnez↔le conseil salutaire.

VALÈRE

Ne vous excusez point↔ ↑ sur mes intentions.→

Vous aviez pris déjvos résolution[129];→

Et vous vous saisissez↔dun prétexte frivole,→

Pour vous autoriser↔ manquer de parole.→

MARIANE

Il est vrai, cest bien dit.↔

VALÈRE

Sans doute, et votre cœur→

Na jamais eu pour moi↔de véritable ardeur.→

MARIANE

Hélas ! permis vous↔davoir cette pensée.→

VALÈRE

Oui, oui, permis moi ;↔mais mon âme offensée→

Vous préviendra, peut-être,↔en un pareil dessein ;→

Et je sais porter,↔et mes vœux, et ma main.→

 

MARIANE

Ah! je nen doute point;↔et les ardeurs quexcite→

Le mérite

VALÈRE

Mon Dieu[130],↔laissons l le mérite [131];→

Jen ai fort peu, sans doute[132][133],↔et vous en faites foi :→

Mais jespère aux bontés↔quune autre aura pour moi ;→

Et jen sais de qui lâme,↔ ma retraite ouverte,→

Consentira sans [134]honte↔ réparer ma perte.→

MARIANE

La perte nest pas grande,↔et de ce changement→

Vous vous consolerez↔assez facilement.→

VALÈRE

Jy ferai mon possible,↔et vous le pouvez croire.→

Un cœur qui nous oublie,↔engage notre gloire[135].→

Il faut loubli[j]er,↔mettre aussi tous nos soins.→

Si lon nen vient bout,↔on le doit feindre au moins;→

Et cette lâcheté↔jamais ne se pardonne,→

De montrer de lamour↔pour qui nous abandonne.→

MARIANE

Ce sentiment, sans doute[136],↔est noble, et relevé.→

VALÈRE

Fort bien, et dun chacun↔il doit être approuvé.→

Hé quoi ! vous voudri[j]ez↔qu jamais, dans mon âme,→

Je gardasse pour vous↔les ardeurs de ma flamme ?→

Et vous visse, mes yeux,↔passer en dautres bras,→

Sans mettre ailleurs un cœur↔dont vous ne voulez pas?→

MARIANE

Au contraire, pour moi,↔cest ce que je souhaite ;→

Et je voudrais déj↔que la chose fût faite.→

VALÈRE

Vous le voudri[j]ez ?

MARIANE

Oui.↔[137]

VALÈRE

Cest assez minsulter,→

Madame, et de ce pas↔je vais vous contenter.→(Il fait un pas pour sen aller, et revient toujours.)

MARIANE

Fort bien.

VALÈRE

Souvenez-vous↔[138]au moins, que cest vous-même→

Qui contraignez mon cœur↔ cet effort extrême.→

MARIANE

Oui.

VALÈRE

Et que le dessein↔que mon âme conçoit,→

Nest rien qu votre exemple.↔

MARIANE

mon exemple, soit.→

VALÈRE

Suffit; vous allez être↔ point nommé servie.→

MARIANE

Tant mieux.

VALÈRE

Vous me voyez,↔[139]cest pour toute ma vie.→

MARIANE

la bonne heure.

VALÈRE

Euh ? (Il sen va; et lorsquil est vers la porte, il se retourne.)

 

MARIANE

Quoi ?↔

VALÈRE

Ne mappelez-vous pas ?→[140][!!!!]

MARIANE

Moi! vous rêvez.

VALÈRE

Hé bien[141],↔je poursuis donc mes pas.→

Adieu, Madame.

 

MARIANE

Adieu,↔Monsieur.

DORINE

Pour moi, je pense[142][143]

Que vous perdez lesprit,↔par cette extravagance ;→

Et je vous ai laissé↔tout du long quereller,→

Pour voir où tout cela↔pourrait enfin aller.→

Hol, Seigneur Valère.↔(Elle va larrêter par le bras et lui fait mine de grande résistance.)

VALÈRE

Hé, que veux-tu, Dorine ?→

DORINE

Venez ici.

VALÈRE

Non, non,↔[144]le dépit me domine.→

Ne me détourne point↔de ce quelle a voulu.→

DORINE

Arrêtez.

VALÈRE

Non, vois-tu,↔[145]cest un point résolu.→

DORINE

Ah.

MARIANE

Il souffre me voir,↔[146]ma présence le chasse ;→

Et je ferai bien mieux,↔de lui quitter la place.→

DORINE Elle quitte Valère, et court Mariane.

lautre. Où courez-vous ?↔

 

 

MARIANE

Laisse.

DORINE

Il faut revenir.→[147]

MARIANE

Non, non, Dorine, en vain↔tu veux me retenir.→

VALÈRE

Je vois bien que ma vue↔est pour elle un supplice ;→

Et sans doute, il vaut mieux↔que je len affranchisse.→

DORINE (Elle quitte Mariane, et court Valère).

Encor? Diantre soit fait↔de vous, si je le veux[148].→

Cessez ce badinage, et venez ç tous deux. (Elle les tire lun et lautre.)→

 

 

VALÈRE

Mais quel est ton dessein ?↔

MARIANE

Quest-ce que tu veux faire?→

DORINE

Vous bien remettre ensemble,↔et vous tirer daffaire.→

 

 

Êtes-vous fou, davoir↔un pareil démêlé ?→

 

VALÈRE

Nas-tu pas entendu↔comme elle ma parlé ?→

DORINE

Êtes-vous folle, vous, ↔de vous être emportée ?→

 

MARIANE

Nas-tu pas vu la chose,↔et comme il ma traitée ?→

DORINE

Sottise des deux parts.↔Elle na dautre soin,→

Que de se conserver↔ vous, jen suis témoin.→

Il naime que vous seule,↔et na point dautre envie→

Que dêtre votre époux;↔jen réponds sur ma vie.→

 

MARIANE

Pourquoi donc me donner↔un semblable conseil ?→

VALÈRE

Pourquoi men demander↔sur un sujet pareil ?→

DORINE

Vous êtes fous tous deux.↔Ç, la main lun,[149] et lautre.→

Allons, vous.

 

 

VALÈRE (en donnant sa main Dorine.)

quoi bon↔ma main ?

DORINE

Ah ! ç, la vôtre.→[150]

MARIANE (en donnant aussi sa main.)

De quoi sert tout cela ?↔

DORINE

Mon Dieu, vite, avancez.→

Vous vous aimez tous deux↔plus que vous ne pensez.→

 

 

 

 

VALÈRE

Mais ne faites donc point↔les choses avec peine,→

Et regardez un peu↔les gens sans nulle haine.→(Mariane tourne loeil sur Valère, et fait un petit souris.)

DORINE

vous dire le vrai,↔les amants sont bien fous !→

VALÈRE

Ho ç, nai-je pas lieu↔de me plaindre de vous ?→

Et pour nen point mentir,↔nêtes-vous pas méchante,→

De vous plaire me dire↔une chose affligeante?→

MARIANE

Mais vous, nêtes-vous pas↔lhomme le plus ingrat→

DORINE

Pour une autre saison,↔laissons tout ce débat,→

Et songeons parer↔ce fâcheux mariage.→

 

MARIANE

Dis-nous donc quels ressorts↔il faut mettre en usage.

DORINE

Nous en ferons agir↔de toutes les façons.→

Votre père se moque,↔et ce sont des chansons.→

Mais, pour vous, il vaut mieux↔qu son extravagance,→

Dun doux consentement↔vous prêtiez lapparence,→

Afin quen cas dalarme,↔il vous soit plus aisé

De tirer en longueur↔cet hymen proposé.→

En attrapant du temps,↔ tout on remédie.→

Tantôt vous pai[j]erez↔de quelque maladie[151],→

Qui viendra tout coup,↔et voudra des délais.→

Tantôt vous pai[j]erez↔de présages mauvais ;→

Vous aurez fait dun↔a rencontre fâcheuse,→

Cassé quelque miroir,↔ou songé deau bourbeuse.→

Enfin le bon de tout,↔cest qu dautres qu lui,→

On ne vous peut lier,↔que vous ne disiez oui[152].→

Mais pour mieux réussir,↔il est bon, ce me semble,→

Quon ne vous trouve point ↔tous deux parlant ensemble.→

( Valère.) Sortez, et sans tarder,↔emploi[j]ez vos amis→

Pour vous faire tenir↔ce quon vous a promis.→

Nous allons réveiller↔les efforts de son frère,→

Et dans notre parti↔jeter la belle-mère[153].→

Adieu.

VALÈRE ( Mariane.)

Quelques efforts↔[154]que nous préparions tous,→

Ma plus grande espérance,↔ vrai dire, est en vous.→

MARIANE ( Valère.)

Je ne vous réponds pas↔des volontés dun père ;→

Mais je ne serai point↔ dautre qu Valère.→

VALÈRE

Que vous me comblez daise !↔Et quoi que puisse oser→

DORINE

Ah! jamais les amants↔ne sont las de jaser.→

Sortez, vous dis-je.

VALÈRE (Il fait un pas, et revient.)

Enfin[155]

DORINE

Quel caquet est le vôtre !→

Tirez[156] de cette part ; ↔et vous, tirez de lautre.→

(Les poussant chacun par lépaule.)

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE

DAMIS, DORINE.

DAMIS

Que la foudre, sur lheure, ↔achève mes destins ;→

Quon me traite partout, ↔du plus grand des faquins,→

Sil est aucun respect, ↔ni pouvoir, qui marrête,→

Et si je ne fais pas ↔ quelque coup de ma tête.→

DORINE

De grâce, modérez ↔ un tel emportement,→

Votre père na fait ↔ quen parler simplement :→

On nexécute pas ↔ tout ce qui se propose ;→

Et le chemin est long, ↔ du projet la chose[157].→

DAMIS

Il faut que de ce fat ↔ jarrête les complots,→

Et qu loreille, un peu, ↔ je lui dise deux mots.→

DORINE

Ha, tout doux ; envers lui, ↔ comme envers votre père,→

Laissez agir les soins ↔ de votre belle-mère.→

Sur lesprit de Tartuffe, ↔ elle a quelque crédit ;→

Il se rend complaisant ↔ tout ce quelle dit,→

Et pourrait bien avoir ↔ douceur de cœur pour elle.→

Plût Dieu quil fût vrai! ↔ la chose serait belle.→

Enfin votre intérêt ↔ loblige le mander ;→

Sur lhymen[158] qui vous trouble, ↔ elle veut le sonder,→

Savoir ses sentiments, ↔ et lui faire conntre→

Quels fâcheux démêlés ↔ il pourra faire ntre ;→

Sil faut qu ce dessein ↔ il prête quelque espoir.→

Son valet dit quil prie, ↔ et je nai pu le voir :→

Mais ce valet ma dit ↔ quil sen allait descendre.→

Sortez donc, je vous prie, ↔ et me laissez lattendre.→

 

DAMIS

Je puis être présent ↔ tout cet entretien.→

DORINE

Point, il faut quils soient seuls.↔

DAMIS

Je ne lui dirai rien.→

DORINE

Vous vous moquez ; on sait ↔ vos transports ordinaires,→

Et cest le vrai mo[i](y)[j]en ↔ de gâter les affaires.→

Sortez.

DAMIS

Non, je veux voir, ↔ sans me mettre en courroux.→

DORINE

Que vous êtes fâcheux! ↔ Il vient, retirez-vous.

SCÈNE II

TARTUFFE, LAURENT, DORINE.

TARTUFFE (apercevant Dorine)

 

Laurent, serrez ma haire, ↔avec ma discipline,→

Et pri[j]ez que toujours ↔le Ciel vous illumine.→

Si lon vient pour me voir, ↔ je vais aux prisonniers,→

Des aumônes que jai, ↔ partager les deniers.→

DORINE

↑ Que daffectation, ↔ et de forfanterie !→

TARTUFFE

Que voulez-vous?

DORINE

Vous dire ↔

TARTUFFE (Il tire un mouchoir de sa poche.)

Ah! mon Dieu, je vous prie,→

Avant que de parler, ↔ prenez-moi ce mouchoir.→

DORINE

Comment?

TARTUFFE

Couvrez ce sein, ↔ que je ne saurais voir.→

Par de pareils objets ↔ les âmes sont blessées,→

Et cela fait venir ↔ de coupables pensées.→

DORINE

Vous êtes donc bien tendre ↔ la ↑ tentation;→

Et la chair, sur vos sens, ↔ fait grande impression?→

Certes, je ne sais pas ↔ quelle chaleur vous monte :→

Mais convoiter, moi, ↔ je ne suis pas si prompte[159];→

Et je vous verrais nu ↔ du haut jusques en bas,→

Que toute votre peau ↔ ne me tenterait pas.→

 

TARTUFFE

Mettez dans vos discours ↔ un peu de modestie,→

Ou je vais, sur-le-champ[160], ↔ vous quitter la partie.→

DORINE

Non, non, cest moi qui vais ↔ vous laisser en repos,→

Et je nai seulement ↔ qu vous dire deux mots.→

Madame va venir ↔ dans cette salle basse,→

Et dun mot dentretien ↔ vous demande la grâce.→

TARTUFFE

Hélas ![161] très volontiers. ↔

DORINE (en soi-même.)

Comme il se radoucit !→

Ma foi, je suis toujours ↔ pour ce que jen ai dit.→

TARTUFFE

Viendra-t-elle bientôt ? ↔

DORINE

Je lentends, ce me semble.→

Oui, cest elle en personne, ↔ et je vous laisse ensemble.

SCÈNE III

ELMIRE, TARTUFFE.

TARTUFFE

Que le Ciel jamais,↔ par sa toute bonté,→

Et de lâme, et du corps, ↔vous donne la santé ;→

Et bénisse vos jours↔autant que le désire→

Le plus humble de ceux↔que son amour inspire.→

ELMIRE

Je suis fort obligée↔ ce souhait ↑ pieux :→

Mais prenons une chaise, ↔afin dêtre un peu mieux.→

TARTUFFE

Comment, de votre mal, ↔vous sentez-vous remise ?→

ELMIRE

Fort bien ; et cette fvre↔a bientôt quitté prise.→

TARTUFFE

Mes prières nont pas↔le mérite quil faut→

Pour avoir attiré↔cette grâce den haut :→

Mais je nai fait au Ciel↔nulle dévote instance→

Qui nait eu pour objet ↔ votre convalescence.→

ELMIRE

Votre zèle pour moi ↔ sest trop ↑ inquiété.→

TARTUFFE

On ne peut trop chérir ↔ votre chère santé ;→

Et pour la rétablir, ↔ jaurais donné la mienne.→

ELMIRE

Cest pousser bien avant ↔ la charité chrétienne ;→

Et je vous dois beaucoup, ↔ pour toutes ces bontés.→

 

TARTUFFE

Je fais bien moins pour vous, ↔ que vous ne méritez.→

ELMIRE

Jai voulu vous parler ↔ en secret, dune affaire,→

Et suis bien aise, ici ↔ quaucun ne nous éclaire[162].→

TARTUFFE

Jen suis ravi de même ; ↔ et sans doute[163] il mest doux,→

Madame, de me voir, ↔ seul seul, avec vous.→

Cest une occasion ↔ quau Ciel jai demandée,→

Sans que, jusqu cette heure, ↔ il me lait accordée.→

 

ELMIRE

Pour moi, ce que je veux, ↔ cest un mot dentretien,→

Où tout votre cœur souvre, ↔ et ne me cache rien.→

 

TARTUFFE

Et je ne veux aussi, ↔ pour grâce singulre,→

Que montrer vos yeux ↔ mon âme tout entre ;→

Et vous faire serment, ↔ que les bruits que jai faits[164],→

Des visites quici ↔ reçoivent vos attraits,→

Ne sont pas, envers vous, ↔ leffet daucune haine,→

Mais plutôt dun transport ↔ de zèle qui mentrne,→

Et dun pur mouvement ↔

 

ELMIRE

Je le prends bien aussi,→

Et crois que mon salut ↔ vous donne ce souci.→

TARTUFFE (Il lui serre les bouts des doigts.)

Oui, Madame, sans doute ; ↔ et ma ferveur est telle→

 

ELMIRE

Ouf, vous me serrez trop.↔

TARTUFFE

Cest par excès de zèle.→

De vous faire autre mal, ↔ je neus jamais dessein[165],→

Et jaurais bien plutôt ↔ (Il lui met la main sur le genou.)

ELMIRE

Que fait l votre main ?→

TARTUFFE

Je tâte votre habit, ↔ létoffe en est moelleuse[166].→

 

ELMIRE

Ah! de grâce, laissez, ↔ je suis fort chatouill[j]euse.→(Elle recule sa chaise, et Tartuffe rapproche la sienne.)

TARTUFFE

Mon Dieu, que de ce point ↔ louvrage est merveilleux!→

On travaille aujourdhui, ↔ dun air miraculeux ;→

Jamais, en toute chose, ↔ on na vu si bien faire.→

ELMIRE

Il est vrai. Mais parlons ↔ un peu de notre affaire.→

On tient que mon mari ↔ veut dégager sa foi,→

Et vous donner sa fille ; ↔ est-il vrai, dites-moi ?→

 

TARTUFFE

Il men a dit deux mots : ↔ mais, Madame, vrai dire,→

Ce nest pas le bonheur ↔ après quoi je soupire ;→

Et je vois autre part ↔ les merveill[j]eux attraits→

De la félicité ↔ qui fait tous mes souhaits.→

ELMIRE

Cest que vous naimez rien ↔ des choses de la terre.→

TARTUFFE

Mon sein nenferme pas ↔ un cœur qui soit de pierre.→

ELMIRE

Pour moi, je crois quau Ciel ↔ tendent tous vos soupirs,→

Et que rien, ici-bas, ↔ narrête vos désirs.→

TARTUFFE

Lamour qui nous attache ↔ aux beautés éternelles,→

Nétouffe pas en nous ↔ lamour des temporelles.→

Nos sens facilement ↔ peuvent être charmés→

Des ouvrages parfaits ↔ que le Ciel a formés.→

Ses attraits réfléchis[167] ↔ brillent dans vos pareilles :→

Mais il étale en vous ↔ ses plus rares merveilles.→

Il a sur votre face ↔ épanché des beautés,→

Dont les yeux sont surpris, ↔ et les cœurs transportés ;→

Et je nai pu vous voir, ↔ parfaite créature,→

Sans admirer en vous ↔ lauteur de la nature,→

Et dune ardente amour[168] ↔ sentir mon cœur atteint,→

Au plus beau des portraits[169] ↔ où lui-même il sest peint.→

Dabord jappréhendai ↔ que cette ardeur secrète→

Ne fût du noir esprit[170] une surprise adroite[171];→

Et même fuir vos yeux, ↔ mon cœur se résolut,→

Vous cro[i](y)[j]ant un obstacle ↔ faire mon salut.→

Mais enfin je connus, ↔ ô beauté toute aimable,→

Que cette passion peut ↔ ↑ nêtre point coupable ;→

Que je puis lajuster ↔ avecque la pudeur,→

Et cest ce qui my fait↔abandonner mon cœur.→

Ce mest, je le confesse, ↔une audace bien grande[172],→

Que doser, de ce cœur, ↔ vous adresser loffrande ;→

Mais jattends, en mes vœux, ↔ tout de votre bonté,→

Et rien des vains efforts ↔ de mon infirmité.→

En vous est mon espoir, ↔ mon bien,↑ ma quiétude :→

De vous dépend ma peine, ↔ ou maatitude ;→

Et je vais être enfin, ↔par votre seul arrêt,→

Heureux, si vous voulez; ↔malheureux, sil vous plt.→

ELMIRE

↑La déclaration↔est tout fait galante :→

Mais elle est, vrai dire, ↔un peu bien surprenante.→

Vous deviez[173], ce me semble, ↔armer mieux votre sein,→

Et raisonner un peu↔sur un pareil dessein.→

Un dévot comme vous, ↔et que partout on nomme→

TARTUFFE

Ah! pour être dévot, ↔je nen suis pas moins homme[174];→

Et lorsquon vient voir↔vos célestes appas,→

Un cœur se laisse prendre, ↔et ne raisonne pas.→

Je sais quun tel discours↔de moi part étrange ;→

Mais, Madame, après tout, ↔je ne suis pas un ange ;→

Et si vous condamnez↔laveu que je vous fais,→

Vous devez vous en prendre↔ vos charmants attraits.→

Dès que jen vis briller↔la splendeur plus quhumaine,→

↑De mon intérieur[175]↔vous fûtes souveraine.→

De vos regards divins, ↔lineffable douceur,→

Força la résistance↔où sobstinait mon cœur ;→

Elle surmonta tout, ↔jeûnes, prières, larmes,→

Et tourna tous mes vœux↔du côté de vos charmes.→

Mes yeux, et mes soupirs, ↔vous lont dit mille fois ;→

Et pour mieux mexpliquer, ↔jemploie ici la voix.→

Que si vous contemplez, ↔dune âme un peu bénigne,→

↑Les tribulations↔de votre esclave indigne ;→

Sil faut que vos bontés↔veuill[j]ent me consoler,→

Et jusqu monant↔daignent se ravaler,→

Jaurai toujours pour vous, ↔ô suave merveille,→

Une dévotion↔ nulle autre pareille.→

Votre honneur, avec moi, ↔ne court point de hasard ;→

Et na nulle disgrâce↔ craindre de ma part.→

Tous ces galants de cour, ↔dont les femmes sont folles,→

Sont bru[j](y)[j]ants dans leurs faits, ↔et vains dans leurs paroles.→

De leurs progrès sans cesse↔on les voit se targuer ;→

Ils nont point de faveurs, ↔quils naillent divulguer ;→

Et leur langue indiscrète, ↔en qui lon se confie,→

Déshonore lautel↔où leur cœur sacrifie :→

Mais les gens comme nous, ↔brûlent dun feu discret,→

Avec qui pour toujours↔on est sûr du secret.→

Le soin que nous prenons↔de notre renommée,→

Répond de toute chose↔ la personne aimée ;→

Et cest en nous quon trouve, ↔acceptant notre cœur,→

De lamour sans scandale, ↔et du plaisir sans peur[176].→

ELMIRE

Je vous écoute dire, ↔et votre rtorique,→

En termes assez forts, ↔ mon âme sexplique.→

Nappréhendez-vous point, ↔que je ne sois dhumeur→

dire mon mari↔cette galante ardeur ?→

Et que le prompt avis↔dun amour de la sorte,→

Ne pût bien altérer↔lamitié quil vous porte ?→

TARTUFFE

Je sais que vous avez↔trop de bénignité,→

Et que vous ferez grâce↔ ma témérité ;→

Que vous mexcuserez↔sur lhumaine faiblesse→

↑Des violents transports↔dun amour qui vous blesse ;→

Et considérerez, ↔en regardant votre air,→

Que lon nest pas aveugle, ↔et quun homme est de chair.→

 

ELMIRE

Dautres prendraient cela↔dautre façon, peut-être ;→

↑Mais ma discrétion↔se veut faire partre.→

Je ne redirai point↔laffaire mon époux ;→

Mais je veux en revanche↔une chose de vous.→

Cest de presser tout franc, ↔et sans nulle chicane,→

Lunion ↑de Valère↔↑avecque Mariane ;→

De renoncer vous-même↔ linjuste pouvoir→

Qui veut du bien dun autre↔enrichir votre espoir ;→

Et

SCÈNE IV

DAMIS, ELMIRE, TARTUFFE.

DAMIS (sortant du petit cabinet, où il s'était retiré.)

Non, Madame, non, ↔ceci doit se répandre.→

Jétais en cet endroit, ↔doù jai pu tout entendre ;→

Et la bonté du Ciel↔my semble avoir conduit,→

Pour confondre lorgueil↔dun trtre qui me nuit ;→

Pour mouvrir une voie↔ prendre la vengeance→

De son hypocrisie, ↔et de son insolence ;→

détromper mon père, ↔et lui mettre en plein jour,→

Lâme dun scélérat ↔qui vous parle damour.→

ELMIRE

Non, Damis, il suffit ↔quil se rende plus sage,→

Et tâche mériter ↔la grâce où je mengage.→

Puisque je lai promis, ↔ne men dédites pas.→

Ce nest point mon humeur ↔de faire des éclats ;→

Une femme se rit ↔de sottises pareilles,→

Et jamais dun mari ↔nen trouble les oreilles.→

DAMIS

Vous avez vos raisons ↔pour en user ains;→

Et pour faire autrement, ↔jai les miennes aussi.→

Le vouloir épargner, ↔est une raill[j]erie[177],→

Et linsolent orgueil ↔de sa cagoterie,→

Na triomphé que trop ↔ de mon juste courroux,→

Et que trop excité ↔ de désordre chez nous.→

Le fourbe, trop longtemps, ↔ a gouverné mon père,→

Et desservi mes feux ↔ avec ceux de Valère.→

Il faut que du perfide ↔ il soit désabusé,→

Et le Ciel, pour cela, ↔ moffre un mo[i](y)[j]en aisé.→

De cette occasion, ↔ je lui suis redevable ;→

Et pour la négliger, ↔ elle est trop favorable.→

Ce serait mériter ↔ quil me la vînt ravir,→

Que de lavoir en main, ↔ et ne men pas servir.→

ELMIRE

Damis

DAMIS

Non, sil vous plt[178], ↔ il faut que je me croie[179].→

Mon âme est maintenant ↔ au comble de sa joie ;→

Et vos discours en vain ↔ prétendent mobliger→

quitter le plaisir ↔ de me pouvoir venger.→

Sans aller plus avant, ↔ je vais vider daffaire[180];→

Et voici justement ↔ de quoi me satisfaire.

SCÈNE V

ORGON, DAMIS, TARTUFFE, ELMIRE.

DAMIS

Nous allons régaler, ↔mon père, votre abord,→

Dun incident tout frais, ↔qui vous surprendra fort.→

Vous êtes bien pa[i](y)[j]é ↔de toutes vos caresses ;→

Et Monsieur, dun beau prix, ↔reconnaît vos tendresses.→

Son grand zèle, pour vous, ↔vient de se déclarer.→

Il ne va pas moins ↔qu vous déshonorer ;→

Et je lai surpris, l, ↔qui faisait Madame→

Linjurieux aveu ↔dune coupable flamme.→

Elle est dune humeur douce, ↔et son cœur trop discret→

Voulait, toute force, ↔en garder le secret :→

Mais je ne puis flatter↔une telle impudence[181],→

Et crois que vous la taire, ↔ est vous faire une offense.→

ELMIRE

Oui, je tiens que jamais, ↔ de tous ces vains propos,→

On ne doit dun mari ↔ traverser le repos;→

Que ce nest point de lque lhonneur peut dépendre,→

Et quil suffit, pour nous, ↔ de savoir nous défendre.→

Ce sont mes sentiments; ↔ et vous nauriez rien dit,→

Damis, si javais eu ↔ sur vous quelque crédit.

SCÈNE VI

ORGON, DAMIS, TARTUFFE.

ORGON

Ce que je viens dentendre, ↔ô Ciel! est-il cro[i](y)[j]able ?→

TARTUFFE

Oui, mon frère, je suis ↔un méchant, un coupable,→

Un malheureux pécheur, ↔tout plein diniquité,→

Le plus grand scélérat ↔qui jamais ait été.→

Chaque instant de ma vie ↔est chargé de souillures,→

Elle nest quun amas ↔de crimes, et dordures ;→

Et je vois que le Ciel, ↔ ↑pour ma punition,→

Me veut ↑ mortifier ↔en cette occasion.→

De quelque grand forfait ↔quon me puisse reprendre,→

Je nai garde davoir ↔lorgueil de men défendre.→

Cro[i](y)[j]ez ce quon vous dit, ↔armez votre courroux,→

Et comme un criminel, ↔chassez-moi de chez vous.→

Je ne saurais avoir ↔tant de honte en partage,→

Que je nen aie encor ↔mérité davantage.→

ORGON ( son fils.)

Ah ! traître, oses-tu bien, ↔par cette fausseté,→

Vouloir de sa vertu ↔ternir la pureté ?→

DAMIS

Quoi! la feinte douceur ↔de cette âme hypocrite→

Vous fera démentir ↔

ORGON

Tais-toi, peste maudite.→

TARTUFFE

Ah ! laissez-le parler, ↔vous laccusez tort,→

Et vous ferez bien mieux ↔de croire son rapport.→

Pourquoi, sur un tel fait, ↔mêtre si favorable ?→

Savez-vous, après tout, ↔de quoi je suis capable ?→

↑Vous fiez-vous, mon frère, ↔ monextérieur ?→

Et pour tout ce quon voit, ↔me cro[i](y)[j]ez-vous meilleur ?→

Non, non, vous vous laissez ↔tromper lapparence,→

Et je ne suis rien moins, ↔hélas! que ce quon pense.→

Tout le monde me prend ↔pour un homme de bien ;→

Mais la vérité pure, ↔est, que je ne vaux rien.→

(Sadressant Damis.) Oui, mon cher fils, parlez, ↔traitez-moi de perfide,→

Dinfâme, de perdu, ↔de voleur, dhomicide.→

Accablez-moi de noms ↔encor plus détestés.→

Je ny contredis point, ↔je les ai mérités,→

Et jen veux genoux ↔souffrir lignominie,→

Comme une honte due ↔aux crimes de ma vie.→

ORGON ( Tartuffe.)

Mon frère, cen est trop. ↔

( son fils.) Ton cœur ne se rend point,→

Trtre.→

DAMIS

Quoi ! ses discours ↔vous séduiront au point→

ORGON

Tais-toi, pendard.

( Tartuffe.) Mon frère[182], ↔eh! levez-vous, de grâce.→

( son fils.) Infâme.

DAMIS

Il peut

ORGON

Tais-toi. ↔[183]

DAMIS→

Jenrage ! Quoi, je passe→

ORGON

Si tu dis un seul mot, ↔je te romprai les bras.→

 

TARTUFFE

Mon frère, au nom de Dieu, ne vous emportez pas.→

Jaimerais mieux souffrir ↔la peine la plus dure,→

Quil eût reçu pour moi ↔la moindre égratignure.→

ORGON ( son fils.)

Ingrat.

TARTUFFE

Laissez-le en paix[184][185]. ↔Sil faut deux genoux→

Vous demander sa grâce ↔

ORGON ( Tartuffe.)

Hélas! vous moquez-vous ?→

( son fils.) Coquin, vois sa bonté. ↔

DAMIS

Donc

ORGON

Paix.

DAMIS

Quoi, je

ORGON

Paix, dis-je.→[186]

Je sais bien quel motif, ↔ lattaquer, toblige.→

Vous le haïssez tous, ↔et je vois aujourdhui,→

Femme, enfants, et valets, ↔déchnés contre lui.→

On met impudemment ↔toute chose en usage,→

Pour ôter de chez moi ↔ce dévot personnage :→

Mais plus on fait deffort ↔afin de len bannir,→

Plus jen veux emplo[i](y)[j]er ↔ ly mieux retenir ;→

Et je vais me hâter ↔de lui donner ma fille,→

Pour confondre lorgueil ↔de toute ma famille.→

DAMIS

recevoir sa main, ↔on pense lobliger ?→

ORGON

Oui, trtre ; et dès ce soir, ↔pour vous faire enrager.→

Ah! je vous brave tous, ↔et vous ferai conntre,→

Quil faut quon moisse, ↔et que je suis le mtre.→

Allons, quon se rétracte, ↔et qu linstant, fripon,→

On se jette ses pieds, ↔pour demander pardon.→

DAMIS

Qui, moi? de ce coquin, ↔qui par ses impostures→

ORGON

Ah! tu résistes, gueux, ↔et lui dis des injures ?→

Un bâton, un bâton. ↔

(A Tartuffe.) Ne me retenez pas.→

( son fils.) Sus, que de ma maison ↔on sorte de ce pas,→

Et que dy revenir, ↔on nait jamais laudace.→

 

DAMIS

Oui, je sortirai, mais ↔

ORGON

Vite, quittons la place. ↔

Je te prive, pendard, ↔ ↑de ma succession,→

Et te donne, de plus, ↔ma malédiction.

SCÈNE VII

ORGON, TARTUFFE.

ORGON

Offenser de la sorte ↔une sainte personne !→

TARTUFFE

Ô Ciel! pardonne-lui ↔la douleur quil me donne[187].→

( Orgon.) Si vous pouviez savoir ↔avec quel déplaisir→

Je vois quenvers mon frère, ↔on tâche me noircir→

ORGON

Hélas !

TARTUFFE

Le seul penser↔[188] de cette ingratitude→

Fait souffrir mon âme ↔un supplice si rude→

Lhorreur que jen conçois ↔Jai le cœur si serré,→

Que je ne puis parler, ↔et crois que jen mourrai.→

ORGON (Il court tout en larmes la porte par où il a chassé son fils.)

Coquin. Je me repens ↔que ma main tait fait grâce,→

Et ne tait pas dabord ↔assommé sur la place.→

Remettez-vous, mon frère, ↔et ne vous fâchez pas.→

 

TARTUFFE

Rompons, rompons le cours ↔de ces fâcheux débats.→

Je regardeans ↔quels grands troubles japporte,→

Et crois quil est besoin, ↔mon frère, que jen sorte.→

 

 

ORGON

Comment? Vous moquez-vous ? ↔

TARTUFFE

On my hait, et je voi

Quon cherche vous donner ↔des soupçons de ma foi[189].→

ORGON

Quimporte ; vo[i](y)[j]ez-vous ↔que mon cœur les écoute ?→

TARTUFFE

On ne manquera pas ↔de poursuivre, sans doute[190];→

Et ces mêmes rapports, ↔quici vous rejetez,→

Peut-être, une autre fois, ↔seront-ils écoutés.→

ORGON

Non, mon frère, jamais. ↔

TARTUFFE

Ah ! mon frère, une femme[191]

Aisément, dun mari, ↔ peut bien surprendre lâme.→

ORGON

Non, non.

TARTUFFE

Laissez-moi vite,↔[192] en méloignant dici,→

Leur ôter tout sujet ↔ de mattaquer ainsi.→

ORGON

Non, vous demeurerez, ↔ il y va de ma vie.→

 

TARTUFFE

Hé bien, il faudra donc ↔ que je me mortifie.→

Pourtant, si vous vouliez ↔

 

ORGON

Ah !

TARTUFFE

Soit, nen parlons plus.→

Mais je sais comme il faut ↔ en user l-dessus.→

Lhonneur est délicat, ↔ et lamit mengage→

prévenir les bruits, ↔ et les sujets dombrage.→

Je fuirai votre épouse, ↔ et vous ne me verrez→

ORGON

Non, en dépit de tous, ↔ vous la fréquenterez.→

Faire enrager le monde, ↔ est ma plus grande joie,→

Et je veux qu toute heure ↔ avec elle on vous voie.→

Ce nest pas tout encor ; ↔ pour les mieux braver tous,→

Je ne veux point avoir ↔ dautre héritier que vous ;→

Et je vais de ce pas, ↔ en fort bonne manre,→

Vous faire de mon bien, ↔ ↑ donation entre.→

Un bon et franc ami, ↔ que pour gendre je prends,→

Mest bien plus cher que fils, ↔ que femme, et que parents.→

Naccepterez-vous pas ↔ce que je vous propose ?→

 

TARTUFFE

La volonté du Ciel ↔ soit faite en toute chose[193].→

ORGON

Le pauvre homme! Allons vite ↔ en dresser un écrit,→

Et que puisse lenvie ↔ en crever de dépit.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE

CLÉANTE, TARTUFFE.

CLÉANTE

Oui, tout le monde en parle, ↔et vous men pouvez croire.→

Léclat que fait ce bruit, ↔nest point votre gloire ;→

Et je vous ai trouvé, ↔Monsieur, fort propos,→

Pour vous en dire net ↔ma pensée en deux mots.→

Je nexamine point ↔ fond ce quon expose,→

Je passe l-dessus, ↔et prends au pis la chose.→

Supposons que Damis ↔nen ait pas bien usé,→

Et que ce soit tort ↔quon vous ait accusé :→

Nest-il pas dun chrétien, ↔de pardonner loffense,→

Et déteindre en son cœur ↔tout désir de vengeance ?→

Et devez-vous souffrir, ↔pour votre démêlé,→

Que du logis dun père, ↔un fils soit exilé ?→

Je vous le dis encore, ↔et parle avec franchise ;→

Il nest petit, ni grand, ↔qui ne sen scandalise ;→

Et si vous men cro[i](y)[j]ez, ↔vous pacifierez tout,→

Et ne pousserez point ↔les affaires bout.→

↑Sacrifiez Dieu ↔toute votre colère,→

Et remettez le fils ↔en grâce avec le père.→

TARTUFFE

Hélas! je le voudrais, ↔quant moi, de bon cœur ;→

Je ne garde pour lui, ↔Monsieur, aucune aigreur,→

Je lui pardonne tout, ↔de rien je ne le blâme,→

Et voudrais le servir ↔du mei[j]lleur de mon âme :→

Mais lintérêt du Ciel ↔ny saurait consentir ;→

Et sil rentreans, ↔cest moi den sortir.→

Après ↑son action ↔qui neut jamais dégale,→

Le commerce, entre nous, ↔porterait du scandale :→

Dieu sait ce que dabord ↔tout le monde en croirait ;→

pure politique, ↔on me limputerait ;→

Et lon dirait partout, ↔que me sentant coupable,→

Je feins, pour qui maccuse, ↔un zèle charitable ;→

Que mon cœur lappréhende, ↔et veut le ménager,→

Pour le pouvoir, sous main, ↔au silence engager.→

CLÉANTE

Vous nous pa[i](y)[j]ez ici ↔dexcuses colorées[194],→

Et toutes vos raisons, ↔Monsieur, sont trop tirées[195]

Des intérêts du Ciel. ↔Pourquoi vous chargez-vous ?→

Pour punir le coupable, ↔a-t-il besoin de nous ?→

Laissez-lui, laissez-lui ↔le soin de ses vengeances,→

Ne songez quau pardon ↔quil prescrit des offenses ;→

Et ne regardez point ↔aux jugements humains,→

Quand vous suivez du Ciel ↔les ordres souverains.→

Quoi ! le faible intérêt ↔de ce quon pourra croire,→

Dune bonne action, ↔empêchera la gloire ?→

Non, non, faisons toujours ↔ce que le Ciel prescrit,→

Et daucun autre soin ↔ne nous brouillons lesprit.→

TARTUFFE

Je vous ai déj dit ↔que mon cœur lui pardonne,→

Et cest faire, Monsieur, ↔ce que le Ciel ordonne :→

Mais après le scandale, ↔et laffront daujourdhui,→

Le Ciel nordonne pas ↔que je vive avec lui.→

CLÉANTE

Et vous ordonne-t-il, ↔Monsieur, douvrir loreille→

ce quun pur caprice ↔ son père conseille ?→

Et daccepter le don ↔qui vous est fait dun bien

Où le droit vous oblige ↔ ne prétendre rien.→

TARTUFFE

Ceux qui me connaîtront, ↔nauront pas la pensée→

Que ce soit un effet ↔dune âme intéressée.→

Tous les biens de ce monde ↔ont pour moi peu dappas,→

De leur éclat trompeur ↔je ne méblouis pas ;→

Et si je me résous ↔ recevoir du père→

↑Cette donation ↔quil a voulu me faire,→

Ce nest dire vrai, ↔que parce que je crains→

Que tout ce bien ne tombe ↔en de méchantes mains ;→

Quil ne trouve des gens, ↔qui la[i](y)[j]ant en partage,→

En fassent, dans le monde, ↔un criminel usage ;→

Et ne sen servent pas, ↔ainsi que jai dessein,→

Pour la gloire du Ciel, ↔et le bien du prochain.→

CLÉANTE

Hé, Monsieur, na[i](y)[j]ez point ↔ces délicates craintes,→

Qui dun juste héritier ↔peuvent causer les plaintes.→

Souffrez, sans vous vouloir ↔embarrasser de rien,→

Quil soit, ses périls, ↔possesseur de son bien ;→

Et songez quil vaut mieux ↔encor quil en mésuse,→

Que si de len frustrer, ↔il faut quon vous accuse.→

Jadmire seulement ↔ ↑que, sans confusion,→

Vous en a[i](y)[j]ez souffert ↔ ↑la proposition :→

Car enfin, le vrai zèle ↔a-t-il quelque maxime→

Qui montre [196] dépouiller ↔lhéritier légitime ?→

Et sil faut que le Ciel ↔dans votre cœur ait mis→

Un invincible obstacle ↔ vivre avec Damis,→

Ne vaudrait-il pas mieux, ↔quen personne discrète,→

Vous fissiez deans ↔une honnête retraite,→

Que de souffrir ainsi, ↔contre toute raison,→

Quon en chasse, pour vous, ↔le fils de la maison ?→

Cro[i](y)[j]ez-moi, cest donner ↔de votre prudhomie,→

Monsieur

TARTUFFE

Il est, Monsieur, ↔[197]trois heures et demie ;→

Certain devoir ↑ pieux ↔me demande l-haut,→

Et vous mexcuserez, ↔de vous quitter sitôt.→

CLÉANTE

Ah ![198]

SCÈNE II

ELMIRE, MARIANE, DORINE, CLÉANTE.

DORINE

De grâce, avec nous, ↔emplo[i](y)[j]ez-vous pour elle,→

Monsieur, son âme souffre ↔une douleur mortelle ;→

Et laccord que son père ↔a conclu pour ce soir[199],→

La fait, tous moments, ↔entrer en désespoir.→

Il va venir ; joignons ↔nos efforts, je vous prie,→

Et tâchons débranler ↔de force, ou dindustrie,→

Ce malheureux dessein ↔qui nous a tous troublés.

SCÈNE III

ORGON, ELMIRE, MARIANE, CLÉANTE, DORINE.

ORGON

↑Ha, je me réjouis ↔de vous voir assemblés.→

( Mariane.) Je porte, en ce contrat, ↔de quoi vous faire rire,→

Et vous savez déj ↔ce que cela veut dire.→

MARIANE ( genoux.)

Mon père, au nom du Ciel, ↔qui connaît ma douleur,→

Et par tout ce qui peut ↔émouvoir votre cœur,→

Relâchez-vous un peu ↔des droits de la naissance[200],→

Et dispensez mes vœux↔de cette obéissance[201].→

Ne me réduisez point, ↔par cette dure loi,→

Jusqu me plaindre au Ciel↔de ce que je vous doi :→

Et cette vie, hélas! ↔que vous mavez donnée,→

Ne me la rendez pas, ↔ mon père, infortunée.→

Si contre un doux espoir ↔ que javais pu former,→

Vous me défendez dêtre ↔ ce que jose aimer ;→

Au moins, par vos bontés, ↔ qu vos genoux jimplore,→

Sauvez-moi du tourment ↔ dêtre ce que jabhorre ;→

Et ne me portez point ↔ quelque désespoir,→

En vous servant, sur moi, ↔ de tout votre pouvoir.→

ORGON (se sentant attendrir.)

Allons, ferme, mon cœur,point de faiblesse humaine.→

MARIANE

Vos tendresses pour lui, ↔ ne me font point de peine ;→

Faites-les éclater, ↔ donnez-lui votre bien ;→

Et si ce nest assez, ↔ joignez-y tout le mien[202],→

Jy consens de bon cœur, ↔ et je vous labandonne.→

Mais au moins nallez pas ↔ jusques ma personne,→

Et souffrez quun couvent, ↔ dans les austérités,→

Use les tristes jours ↔ que le Ciel ma comptés.→

ORGON

Ah! voil justement ↔ ↑de mes religieuses,→

Lorsquun père combat↔leurs flammes amoureuses.→

Debout. Plus votre cœur↔répugne à laccepter,→

Plus ce sera pour vous, ↔matre à mériter.→

↑Mortifiez vos sens↔avec ↑ce mariage,→

Et ne me rompez pas↔la tête davantage.→

 

DORINE

Mais quoi

ORGON

Taisez-vous, vous. ↔[203]Parlez à votre écot[204],→

Je vous défends, tout net, ↔doser dire un seul mot.→

CLÉANTE→

Si par quelque conseil, ↔vous souffrez quon réponde→

ORGON

Mon frère, vos conseils↔sont les mei[j]lleurs du monde,→

Ils sont bien raisonnés, ↔et jen fais un grand cas ;→

Mais vous trouverez bon↔que je nen use pas.→

ELMIRE (à son mari.)

À voir ce que je vois, ↔je ne sais plus que dire,→

Et votre aveuglement↔fait que je vous admire[205].→

Cest être bien coiffé[206],↔bien prévenu de lui,→

Que de nous démentir↔sur le fait daujourdhui.→

ORGON

Je suis votre valet, ↔et crois les apparences.→

Pour mon fripon de fils, ↔je sais vos complaisances,→

Et vous avez eu peur↔ ↑ de le désavouer→

Du trait quà ce pauvre homme ↔ il a voulu ↑ jouer.→

Vous étiez trop tranquille ↔ enfin, pour être crue,→

Et vous auriez paru ↔ dautre manre émue.→

 

ELMIRE

Est-ce quau simple aveu ↔ dun amoureux transport,→

Il faut que notre honneur ↔ se gendarme si fort ?→

Et ne peut-on répondre ↔ à tout ce qui le touche,→

Que le feu dans les yeux, ↔ et linjure à la bouche?→

Pour moi, de tels propos, ↔ je me ris simplement,→

Et léclat, là-dessus, ↔ ne me plaît nullement.→

Jaime quavec douceur ↔ nous nous montri[j]ons sages,→

Et ne suis point, du tout, ↔ pour ces prudes sauvages,→

Dont lhonneur est armé ↔ de griffes, et de dents,→

Et veut, au moindre mot, ↔ dévisager[207] les gens.→

Me préserve le Ciel ↔ dune telle sagesse!→

Je veux une vertu ↔ qui ne soit point diablesse,→

Et crois que dun refus, ↔ la discrète froideur,→

Nen est pas moins puissante ↔ à rebuter un cœur.→

ORGON

Enfin je sais laffaire, ↔ et ne prends point le change.→

ELMIRE

Jadmire, encore un coup, ↔ cette faiblesse étrange.→

Mais que me répondrait ↔votre incrédulité,→

Si je vous faisais voir ↔ quon vous dit vérité ?→

ORGON

Voir ?

ELMIRE

Oui.

ORGON

Chansons.

ELMIRE

Mais quoi !↔[208]si je trouvais manre→

De vous le faire voir↔avec pleine lumre? →

ORGON

Contes en lair.

ELMIRE

Quel homme! ↔[209]Au moins répondez-moi.→

Je ne vous parle pas↔de nous ajouter foi :→

Mais supposons ici, ↔que dun lieu quon peut prendre,→

On vous fît clairement↔tout voir, et tout entendre,→

Que diriez-vous alors↔de votre homme de bien ?→

 

ORGON

En ce cas, je dirais que↔↑Je ne dirais rien,→

Car cela ne se peut. ↔

ELMIRE

Lerreur trop longtemps dure,→

Et cest trop condamner↔ma bouche dimposture.→

Il faut que par plaisir, ↔et sans aller plus loin[210],→

De tout ce quon vous dit, ↔je vous fasse témoin.→

ORGON

Soit je vous prends au mot. ↔Nous verrons votre adresse→

Et comment vous pourrez↔remplir cette promesse.→

ELMIRE

Faites-le-moi venir. ↔

DORINE

Son esprit est rusé,→

Et peut-être, à surprendre, ↔il sera malaisé.→

ELMIRE

Non, on est aisément↔dupé par ce quon aime,→

Et lamour-propre, engage↔à se tromper soi-même.→

Faites-le-moi descendre ; ↔et vous, retirez-vous.→

(Parlant à Cléante, et à Mariane.)

SCÈNE IV

ELMIRE, ORGON.

ELMIRE

Approchons cette table,↔ et vous mettez dessous.→

ORGON

Comment?

ELMIRE

Vous bien cacher, ↔[211]est un point nécessaire.→

ORGON

Pourquoi sous cette table ? ↔

ELMIRE

Ah! mon Dieu, laissez faire,→

Jai mon dessein en tête, ↔et vous en jugerez.→

Mettez-vous là, vous dis-je; ↔et quand vous y serez,→

Gardez quon ne vous voie, ↔et quon ne vous entende.→

ORGON→

Je confesse quici↔ma complaisance est grande ;→

Mais de votre entreprise, il vous faut voir sortir.→

ELMIRE→

Vous naurez, que je crois, ↔rien à me repartir.→

(À son mari qui est sous la table.) Au moins, je vais toucher↔une étrange matre,→

Ne vous scandalisez↔en aucune manière.→

Quoi que je puisse dire, ↔il[212] doit mêtre permis,→

Et cest pour vous convaincre, ↔ainsi que jai promis.→

Je vais par des douceurs, ↔puisque jy suis réduite,→

Faire poser le masque↔à cette âme hypocrite,→

Flatter, de son amour, ↔les désirs effrontés,→

Et donner un champ libre↔à ses témérités.→

Comme cest pour vous seul, ↔et pour mieux le confondre,→

Que mon âme à ses vœux↔va feindre de répondre,→

Jaurai lieu de cesser↔dès que vous vous rendrez,→

Et les choses niront↔que jusquoù vous voudrez.→

Cest à vous darrêter↔son ardeur insensée,→

Quand vous croirez laffaire↔assez avant poussée,→

Dépargner votre femme, ↔et de ne mexposer→

Quà ce quil vous faudra↔pour vous désabuser.→

Ce sont vos intérêts, ↔vous en serez le mtre,→

Et Lon vient, tenez-vous, ↔et gardez de partre.

SCÈNE V

TARTUFFE, ELMIRE, ORGON.

TARTUFFE

On ma dit quen ce lieu ↔vous me vouliez parler.→

 

ELMIRE

Oui, lon a des secrets ↔à vous y révéler :→

Mais tirez cette porte ↔avant quon vous les dise,→

Et regardez partout, ↔de crainte de surprise :→

Une affaire pareille ↔à celle de tantôt,→

Nest pas assurément ↔ici ce quil nous faut.→

Jamais il ne sest vu ↔de surprise de même,→

Damis ma fait, pour vous, ↔une fra[i](y)[j]eur extrême,→

Et vous avez bien vu ↔que jai fait mes efforts→

Pour rompre son dessein, ↔et calmer ses transports.→

Mon trouble, il est bien vrai, ↔ma si fort possédée[213],→

Que de le démentir ↔je nai point eu lidée :→

Mais par là, grâce au Ciel, ↔tout a bien mieux été,→

Et les choses en sont ↔dans plus de sûreté[214].→

Lestime où lon vous tient, ↔a dissipé lorage,→

Et mon mari, de vous, ↔ne peut prendre dombrage.→

Pour mieux braver léclat↔des mauvais jugements,→

Il veut que nous so[i](y)[j]ons↔ensemble à tous moments ;→

Et cest par je puis, ↔sans peur dêtre blâmée,→

Me trouver ici seule↔avec vous enfermée,→

Et ce qui mautorise↔à vous ouvrir un cœur→

Un peu trop prompt, peut-être, ↔à souffrir votre ardeur.→

TARTUFFE

Ce langage, à comprendre, ↔[215]est assez difficile,→[216]

Madame, et vous parliez↔tantôt dun autre style.→

ELMIRE

Ah! si dun tel refus↔vous êtes en courroux,→

Que le cœur dune femme↔est mal connu de vous !→

Et que vous savez peu↔ce quil veut faire entendre,→

Lorsque si faiblement↔on le voit se défendre !→

Toujours notre pudeur↔combat, dans ces moments,→

Ce quon peut nous donner↔de tendres sentiments.→

Quelque raison quon trouve↔à lamour qui nous dompte,→

On trouve à lavouer, ↔toujours un peu de honte ;→

On sen défend dabord; ↔mais de lair quon sy prend,→

On fait conntre assez↔que notre cœur se rend ;→

Quà nos vœux, par honneur,↔notre bouche soppose,→

Et que de tels refus↔promettent toute chose.→

Cest vous faire, sans doute, ↔un assez libre aveu,→

Et sur notre pudeur↔me ménager bien peu :→

Mais puisque la parole↔enfin en est lâchée,→

À retenir Damis, ↔me serais-je attachée ?→

Aurais-je, je vous prie, ↔avec tant de douceur,→

Écouté tout au long↔loffre de votre cœur ?→

Aurais-je pris la chose↔ainsi quon ma vu faire,→

Si loffre de ce cœur↔neût eu de quoi me plaire?→

Et lorsque jai voulu↔moi-même vous forcer→

À refuser lhymen↔quon venait dannoncer,→

Quest-ce que cette instance↔a dû vous faire entendre,→

Que lintérêt[217] quen vous↔on savise de prendre,→

Et lennui quon aurait↔que ce nœud quon résout,→

Vînt partager du moins↔un cœur que lon veut tout ?→

TARTUFFE→

Cest sans doute[218], Madame, ↔une douceur extrême,→

Que dentendre ces mots↔dune bouche quon aime ;→

Leur miel, dans tous mes sens, ↔fait couler à longs traits→

Une suavité↔quon ne goûta jamais.→

Le bonheur de vous plaire, ↔est ma suprême étude,→

Et mon cœur, de vos vœux, ↔fait saatitude ;→

Mais ce cœur vous demande↔ici la liberté,→

Doser douter un peu↔de sa félicité.→

Je puis croire ces mots↔un artifice honnête,→

Pour mobliger à rompre↔un hymen qui sapprête ;→

Et sil faut librement↔mexpliquer avec vous,→

Je ne me fierai point↔à des propos si doux,→

Quun peu de vos faveurs, ↔après quoi je soupire,→

Ne vienne massurer ↔tout ce quils mont pu dire,→

Et planter dans mon âme↔une constante foi

Des charmantes bontés↔que vous avez pour moi.→

ELMIRE (Elle tousse pour avertir son mari.)

Quoi! vous voulez aller↔avec cette vitesse,→

Et dun cœur, tout dabord, ↔épuiser la tendresse ?→

On se tue à vous faire↔un aveu des plus doux,→

Cependant ce nest pas↔encore assez pour vous ;→

Et lon ne peut aller↔jusquà vous satisfaire,→

Quaux dernières faveurs↔on ne pousse laffaire ?[219]

TARTUFFE

Moins on mérite un bien, ↔moins on lose espérer ;→

Nos vœux, sur des discours, ↔ont peine à sassurer ;→

On soupçonne aisément↔un sort[220] tout plein de gloire,→

Et lon veut en jouir,avant que de le croire.→

Pour moi, qui crois si peu↔mériter vos bontés,→

Je doute du bonheur↔de mes témérités[221];→

Et je ne croirai rien, ↔que vous na[i](y)[j]ez, Madame,→

Par des réalités, ↔su convaincre ma flamme.→

ELMIRE

Mon Dieu, que votre amour, ↔en vrai tyran agit !→

Et quen un trouble étrange↔il me jette lesprit !→

Que sur les cœurs il prend↔↑un furieux empire !→

Et quavec violence↔il veut ce quil désire !→

Quoi ! de votre poursuite, ↔on ne peut se parer[222],→

Et vous ne donnez pas↔le temps de respirer ?→

Sied-il bien de tenir↔une rigueur si grande ?→

De vouloir sans quartier, ↔les choses quon demande ?→

Et dabuser ainsi, ↔par vos efforts pressants,→

Du faible que pour vous, ↔vous vo[i](y)[j]ez quont les gens ?→

TARTUFFE

Mais si dun œil bénin↔vous vo[i](y)[j]ez mes hommages,→

Pourquoi men refuser↔dassurés témoignages ?→

ELMIRE

Mais comment consentir↔à ce que vous voulez,→

Sans offenser le Ciel, ↔dont toujours vous parlez ?→

 

TARTUFFE

Si ce nest que le Ciel↔quà mes vœux on oppose,→

Lever un tel obstacle, ↔est à moi peu de chose,→

Et cela ne doit pas↔retenir votre cœur.→

ELMIRE

Mais des arrêts du Ciel↔on nous fait tant de peur.→

TARTUFFE

Je puis vous dissiper↔ces craintes ridicules,→

Madame, et je sais lart↔de lever les scrupules.→

Le Ciel défend, de vrai, ↔certains contentements ;→

(Cest un scélérat qui parle.)

Mais on trouve avec lui↔des accommodements.→

Selon divers besoins, ↔↑il est une science,→

Détendre les liens↔de notre conscience,→

Et de rectifier↔le mal ↑de laction

Avec la pureté↔de notre intention[223].→

De ces secrets, Madame, ↔on saura vous instruire ;→

Vous navez seulement↔quà vous laisser conduire.→

Contentez mon désir, ↔et na[i](y)[j]ez point deffroi,→

Je vous réponds de tout, ↔et prends le mal sur moi.→

Vous toussez fort, Madame. ↔

ELMIRE

Oui, je suis au supplice.→

TARTUFFE

Vous plt-il un morceau↔de ce jus de réglisse ?→

 

ELMIRE

Cest un rhume obstiné, ↔sans doute, et je vois bien

Que tous les jus du monde, ↔ici, ne feront rien.→

TARTUFFE

Cela, certe, est fâcheux. ↔

ELMIRE

Oui, plus quon ne peut dire.→

TARTUFFE

Enfin votre scrupule↔est facile à détruire,→

Vous êtes assurée↔ici dun plein secret,→

Et le mal nest jamais↔que dans léclat quon fait.→

Le scandale du monde, ↔est ce qui fait loffense ;→

Et ce nest pas pécher, ↔que pécher en silence.→

ELMIRE (après avoir encore toussé.)

Enfin je vois quil faut↔se résoudre à céder,→

Quil faut que je consente↔à vous tout accorder ;→

Et quà moins de cela, ↔je ne dois point prétendre→

Quon puisse être content, ↔et quon veuille se rendre.→

Sans doute[224], il est fâcheux↔den venir jusque-là,→

Et cest bien malgré moi, ↔que je franchis cela :→

Mais puisque lon sobstine↔à my vouloir réduire,→

Puisquon ne veut point croire↔à tout ce quon peut dire,→

Et quon veut des témoins↔qui soient plus convaincants,→

Il faut bien sy résoudre, ↔et contenter les gens.→

Si ce consentement↔porte en soi quelque offense,→

Tant pis pour qui me force↔à cette violence ;→

La faute assurément ↔ nen doit pas être à moi.→

TARTUFFE

Oui, Madame, on sen charge, ↔ et la chose de soi

ELMIRE

Ouvrez un peu la porte,↔et vo[i](y)[j]ez, je vous prie,→

Si mon mari nest point↔dans cette galerie.→

TARTUFFE

Quest-il besoin pour lui,↔du soin que vous prenez ?→

Cest un homme, entre nous,↔à mener par le nez.→

De tous nos entretiens,↔il est pour faire gloire,→

Et je lai mis au point↔de voir tout, sans rien croire.→

 

ELMIRE

Il nimporte, sortez,↔je vous prie, un moment,→

Et partout, là dehors,↔vo[i](y)[j]ez exactement.

SCÈNE VI

ORGON, ELMIRE.

ORGON (sortant de dessous la table.)

Voilà, je vous lavoue,↔un abominable homme !→

Je nen puis revenir, ↔et tout ceci massomme.→

ELMIRE

Quoi! vous sortez sitôt? ↔Vous vous moquez des gens.→

Rentrez sous le tapis, ↔il nest pas encor temps ;→

Attendez jusquau bout, ↔pour voir les choses sûres,→

Et ne vous fiez ↑ point ↔aux simples conjectures.→

 

ORGON

Non, rien de plus méchant ↔nest sorti de lEnfer.→

ELMIRE

Mon Dieu, lon ne doit point ↔croire trop de léger ;→[225]

Laissez-vous bien convaincre, ↔avant que de vous rendre,→

Et ne vous hâtez point, ↔de peur de vous méprendre[226]. (Elle fait mettre son mari derrière elle.)

SCÈNE VII

TARTUFFE, ELMIRE, ORGON.

TARTUFFE

Tout conspire, Madam↔à mon contentement :→

Jai visité, de loeil,↔tout cet appartement,→

Personne ne sy trouve,↔et mon âme ravie→

 

 

ORGON (en larrêtant.)

Tout doux, vous suivez trop↔votre amoureuse envie,→

Et vous ne devez pas↔vous tant passionner.→

Ah, ah, lhomme de bien,↔vous men voulez donner[227]!→

Comme aux tentations↔sabandonne votre âme !→

Vous épousiez ma fille,↔et convoitiez ma femme !→

Jai douté fort longtemps,↔que ce fût tout de bon,→

Et je cro[i](y)[j]ais toujours↔quon changerait de ton :→

Mais cest assez avant↔pousser le témoignage,→

Je my tiens, et nen veux↔pour moi pas davantage.→

ELMIRE (à Tartuffe)

Cest contre mon humeur,↔que jai fait tout ceci ;→

Mais on ma mise au point↔de vous traiter ainsi.→

TARTUFFE

Quoi ! vous cro[i](y)[j]ez

ORGON[228]

Allons, ↔[229]point de bruit, je vous prie ;→

Dénichons deans, ↔et sans cérémonie.→

TARTUFFE

Mon dessein

ORGON

Ces discours↔[230]ne sont plus de saison,→

Il faut, tout sur-le-champ[231], ↔sortir de la maison.→

TARTUFFE[232]

Cest à vous den sortir, ↔vous qui parlez en mtre.→

La maison mappartient, ↔je le ferai conntre,→

Et vous montrerai bien↔quen vain on a recours,→

Pour me chercher querelle,↔à ces lâches détours ;→

Quon nest pas lon pense,↔en me faisant injure ;→

Que jai de quoi confondre,↔et punir limposture,→

Venger le Ciel quon blesse,↔et faire repentir→

Ceux qui parlent ici↔de me faire sortir.

SCÈNE VIII

ELMIRE, ORGON.

ELMIRE

Quel est donc ce langage, ↔et quest-ce quil veut dire ?→

ORGON

Ma foi, je suis confus, ↔et nai pas lieu de rire.→

ELMIRE

Comment ?

ORGON

Je vois ma faute,↔[233]aux choses quil me dit,→

Et la donation↔membarrasse lesprit.→

ELMIRE

La donation

ORGON

Oui, cest ↔[234] une affaire faite ;→

Mais jai quelque autre chose ↔encor qui minquiète.→

ELMIRE

Et quoi ?

ORGON

Vous saurez tout : ↔[235]mais vo[i](y)[j]ons au plus tôt,→

Si certaine cassette ↔est encore là-haut.

ACTE V, SCÈNE PREMIÈRE

ORGON, CLÉANTE.

CLÉANTE

Où voulez-vous courir ?↔

ORGON

Las! que sais-je ?

CLÉANTE

Il me semble→

Que lon doit commencer↔par consulter ensemble,→

Les choses quon peut faire↔en cet événement.→

ORGON

Cette cassette-là↔me trouble entrement[236].→

Plus que le reste encore, ↔ elle me désespère.→

CLÉANTE

Cette cassette est donc ↔ un important mystère ?→

ORGON

Cest un dépôt quArgas, ↔ cet ami que je plains,→

Lui-même, en grand secret, ↔ ma mis entre les mains[237].→

Pour cela, dans sa fuite, ↔ il me voulut élire[238];→

Et ce sont des papiers, ↔ à ce quil ma pu dire,→

Où sa vie, et ses biens, ↔ se trouvent attachés.→

 

CLÉANTE

Pourquoi donc les avoir ↔ en dautres mains lâchés ?→

 

ORGON

Ce fut par un motif ↔ de cas de conscience.→

Jallai droit à mon trtre↔en faire confidence,→

Et son raisonnement↔↑me vint persuader→

De lui donner plutôt↔la cassette à garder ;→

Afin ↑ que pour nier, ↔en cas de quelque enquête,→

Jeusse dun faux-fu[i](y)[j]ant, ↔ la faveur toute prête,→

Par ↑ ma conscience ↔ eût pleine sûreté

À faire des serments ↔ contre la vérité.→

CLÉANTE

Vous voilà mal, au moins ↔ si jen crois lapparence,→

Et la donation, ↔ et cette confidence[239],→

Sont, à vous en parler ↔ selon mon sentiment,→

Des démarches, par vous, ↔ faites légèrement.→

On peut vous mener loin ↔ avec de pareils gages,→

Et cet homme, sur vous, ↔ a[i](y)[j]ant ces avantages,→

Le pousser est encor ↔ grande imprudence à vous,→

Et vous deviez chercher ↔ ↑ quelque biais plus doux.→

ORGON

Quoi! sous un beau semblant[240] ↔ de ferveur si touchante,→

Cacher un cœur si double, ↔ une âme si méchante ?→

Et moi qui lai reçu ↔ gueusant, et na[i](y)[j]ant rien

Cen est fait, je renonce ↔ à tous les gens de bien.→

Jen aurai désormais ↔ une horreur effro[i](y)[j]able,→

Et men vais devenir, ↔ pour eux, pire quun diable.→

CLÉANTE

Hé bien, ne voilà pas ↔ de vos emportements !→

Vous ne gardez en rien ↔ les doux tempéraments.→

Dans la droite raison, ↔ jamais nentre la vôtre ;→

Et toujours, dun excès, ↔ vous vous jetez dans lautre.→

Vous vo[i](y)[j]ez votre erreur, ↔ et vous avez connu,→

Que par un zèle feint ↔ vous étiez prévenu :→

Mais pour vous corriger, ↔ quelle raison demande→

Que vous alliez passer ↔ dans une erreur plus grande,→

Et quavec que le cœur ↔ dun perfide vaurien,→

Vous confondiez les cœurs ↔ de tous les gens de bien ?→

Quoi! parce quun fripon ↔ vous dupe avec audace,→

Sous le pompeux éclat ↔ dune austère grimace,→

Vous voulez que partout ↔ on soit fait comme lui,→

Et quaucun vrai dévot ↔ ne se trouve aujourdhui ?→

Laissez aux libertins ↔ ces sottes conséquences,→

Démêlez la vertu ↔ davec ses apparences,→

Ne hasardez jamais ↔ votre estime trop tôt,→

Et so[i](y)[j]ez, pour cela, ↔ dans le milieu quil faut.→

Gardez-vous, sil se peut, ↔ dhonorer limposture :→

Mais au vrai zèle aussi ↔ nallez pas faire injure ;→

Et sil vous faut tomber ↔ dans une extrémité,→

Péchez plutôt encor ↔ de cet autre côté.

SCÈNE II

DAMIS, ORGON, CLÉANTE.

DAMIS

Quoi! mon père, est-il vrai ↔ quun coquin vous menace ?→

Quil nest point de bienfait ↔ quen son âme il nefface ;→

Et que son lâche orgueil, ↔ trop digne de courroux,→

Se fait, de vos bontés, ↔ des armes contre vous ?→

ORGON

Oui, mon fils, et jen sens ↔ des douleurs nom pareilles.→

DAMIS

Laissez-moi, je lui veux ↔ couper les deux oreilles.→

Contre son insolence, ↔ on ne doit point gauchir[241].→

Cest à moi, tout dun coup, ↔ de vous en affranchir ;→

Et pour sortir daffaire, ↔ il faut que je lassomme.→

CLÉANTE

Voilà, tout justement, ↔ parler en vrai jeune homme.→

Modérez, sil vous plt, ↔ ces transports éclatants ;→

Nous vivons sous un règne, ↔ et sommes dans un temps,→

↑ Où, par la violence, ↔ on fait mal ses affaires.

SCÈNE III

MADAME PERNELLE, MARIANE, ELMIRE, DORINE, DAMIS, ORGON, CLÉANTE.

MADAME PERNELLE

Quest-ce? Japprends ici ↔de terribles mystères[242].→

ORGON

Ce sont des nouveautés ↔dont mes yeux sont témoins,→

Et vous vo[i](y)[j]ez le prix ↔dont sont pa[i](y)[j]és mes soins.→

Je recueille, avec zèle, ↔un homme en sa misère,→

Je le loge, et le tiens ↔comme mon propre frère ;→

De bienfaits, chaque jour, ↔il est par moi chargé,→

Je lui donne ma fille, ↔et tout le bien que jai ;→

Et dans le même temps, ↔le perfide, linfâme,→

Tente le noir dessein ↔de suborner ma femme ;→

Et non content encor ↔de ces lâches essais,→

Il mose menacer ↔de mes propres bienfaits,→

Et veut, ↑ à ma ruine, ↔user des avantages→

Dont le viennent darmer ↔ mes bontés trop peu sages ;→

Me chasser de mes biens ↔ où je lai transféré,→

Et me réduire au point ↔ doù je lai retiré.→

DORINE

Le pauvre homme ![243]

MADAME PERNELLE

Mon fils, ↔[244] je ne puis du tout croire→

Quil ait voulu commettre ↔ une action si noire.→

ORGON

Comment?

MADAME PERNELLE

Les gens de bien[245] ↑ sont envs toujours.→

ORGON

Que voulez-vous donc dire ↔ avec votre discours,→

Ma mère ?

MADAME PERNELLE

Que chez vous ↔[246] on vit détrange sorte,→

Et quon ne sait que trop ↔ la haine quon lui porte.→

ORGON

Qua cette haine à faire ↔avec ce quon vous dit ?→

MADAME PERNELLE

Je vous lai dit cent fois, ↔ quand vous étiez petit.→

La vertu, dans le monde, ↔ est toujours poursuivie ;→

↑ Les envieux mourront, ↔ mais non jamais lenvie.→

 

 

ORGON

Mais que fait ce discours ↔ aux choses daujourdhui ?→

MADAME PERNELLE

On vous aura forgé ↔ cent sots contes de lui.→

ORGON

Je vous ai dit déjà, ↔ que jai vu tout moi-même.→

MADAME PERNELLE

Des esprits médisants, ↔ la malice est extrême.→

ORGON

Vous me feriez damner, ↔ ma mère. Je vous dis,→

Que jai vu de mes yeux, ↔ un crime si hardi.→

MADAME PERNELLE

Les langues ont toujours ↔ du venin à répandre;→

Et rien nest, ici-bas, ↔ qui sen puisse défendre.→

ORGON

Cest tenir un propos ↔ de sens bien dépourvu !→

Je lai vu, dis-je, vu, ↔ de mes propres yeux vu,→

Ce quon appelle vu : ↔ faut-il vous le rebattre→

Aux oreilles cent fois, ↔ ↑ et cri[j]er comme quatre ?→

MADAME PERNELLE

Mon Dieu, le plus souvent, ↔ lapparence déçoit.→

Il ne faut pas toujours ↔ juger sur ce quon voit.→

ORGON

Jenrage.

MADAME PERNELLE

Aux faux soupçons ↔ la nature est sujette ;→

Et cest souvent à mal, ↔ que le bien sinterprète.→

ORGON

Je dois interpréter ↔ à charitable soin,→

Le désir dembrasser ↔ ma femme ?

MADAME PERNELLE

Il est besoin,

Pour accuser les gens, ↔ davoir de justes causes,→

Et vous deviez attendre ↔ à vous voir sûr des choses.→

ORGON

Hé, diantre, le mo[i](y)[j]en ↔ de men assurer mieux ?→

Je devais donc, ma mère, ↔ attendre quà mes yeux→

Il t Vous me feriez ↔ dire quelque sottise.→

MADAME PERNELLE

Enfin dun trop pur zèle ↔ on voit son âme éprise,→

Et je ne puis du tout ↔ me mettre dans lesprit,→

Quil ait voulu tenter ↔ les choses que lon dit.→

ORGON

Allez. Je ne sais pas, ↔ si vous nétiez ma mère,→

Ce que je vous dirais, ↔ tant je suis en colère.→

DORINE

Juste retour, Monsieur, ↔ des choses dici-bas.→

Vous ne vouliez point croire, ↔ et lon ne vous croit pas.→

CLÉANTE

Nous perdons des moments, ↔en bagatelles pures,→

Quil faudrait emplo[i](y)[j]er↔à prendre des mesures.→

Aux menaces du fourbe, ↔ on doit ne dormir point[247].→

DAMIS

Quoi ! son effronterie↔irait jusquà ce point ?→

ELMIRE

Pour moi, je ne crois pas↔cette instance[248] possible,→

Et son ingratitude↔est ici trop visible.→

CLÉANTE

Ne vous y fiez pas, ↔il aura des ressorts,→

Pour donner, contre vous, ↔raison à ses efforts ;→

Et sur moins que cela, ↔le poids dune cabale→

Embarrasse les gens↔dans un fâcheux dédale.→

Je vous le dis encore, ↔armé de ce quil a,→

Vous ne deviez jamais↔le pousser jusque-là.→

ORGON

Il est vrai, mais quy faire ? ↔À lorgueil de ce trtre[249],→

De mes ressentiments↔je nai pas été mtre.→

CLÉANTE

Je voudrais de bon cœur, ↔quon pût entre vous deux,→

De quelque ombre de paix, ↔raccommoder les nœuds.→

ELMIRE

Si javais su quen main↔il a de telles armes,→

Je naurais pas donné↔matre à tant dalarmes,→

Et mes

ORGON

Que veut cet homme ? ↔[250] Allez tôt le savoir ;→

Je suis bien en état↔que lon me vienne voir.

SCÈNE IV

MONSIEUR LOYAL, MADAME PERNELLE, ORGON, DAMIS, MARIANE, DORINE, ELMIRE, CLÉANTE.

MONSIEUR LOYAL

Bonjour, ma chère sœur.↔Faites, je vous supplie,→

Que je parle à Monsieur. ↔

DORINE

Il est en compagnie,→

Et je doute quil puisse, ↔à présent, voir quelquun.→

MONSIEUR LOYAL

Je ne suis pas pour être, ↔en ces lieux, importun.→

Mon abord naura rien, ↔je crois, qui lui déplaise,→

Et je viens pour un fait↔dont il sera bien aise.→

DORINE

Votre nom?

MONSIEUR LOYAL

Dites-lui↔seulement que je vien

De la part de Monsieur↔Tartuffe, pour son bien.→

 

DORINE

Cest un homme qui vient, ↔avec douce manre,→

De la part de Monsieur↔Tartuffe, pour affaire,→

Dont vous serez, dit-il, ↔bien aise.

CLÉANTE

Il vous faut voir→[251]

Ce que cest que cet homme, ↔et ce quil peut vouloir.→

ORGON

Pour nous raccommoder, ↔il vient ici, peut-être.→

Quels sentiments aurai-je↔à lui faire partre ?→

CLÉANTE

Votre ressentiment↔ne doit point éclater,→

Et sil parle daccord, ↔il le faut écouter.→

MONSIEUR LOYAL

Salut, Monsieur. Le Ciel↔perde qui vous veut nuire,→

Et vous soit favorable↔autant que je désire.→

 

ORGON

Ce doux début saccorde↔avec mon jugement,→

Et présage déjà↔quelque accommodement.→

MONSIEUR LOYAL

Toute votre maison↔ma toujours été chère,→

Et jétais serviteur↔de Monsieur votre père.→

ORGON

Monsieur, jai grande honte, ↔et demande pardon,→

Dêtre sans vous conntre, ↔ou savoir votre nom.→

MONSIEUR LOYAL

Je mappelle Lo[i](y)[j]al, ↔natif de Normandie,→

Et suis huissier à verge[252],↔en dépit de lenvie.→

Jai depuis quarante ans, ↔grâce au Ciel, le bonheur→

Den exercer la charge↔avec beaucoup dhonneur ;→

Et je vous viens, Monsieur, ↔avec votre licence,→

↑Signifier lexploit↔de certaine ordonnance.→

 

ORGON

Quoi ! vous êtes ici

MONSIEUR LOYAL

Monsieur, ↑sans passion,→

Ce nest rien seulement↔↑quune sommation,→

Un ordre de vider↔dici, vous, et les vôtres,→

Mettre vos meubles hors, ↔et faire place à dautres,→

Sans délai, ni remise, ↔ainsi que besoin est→

ORGON

Moi, sortir deans? ↔

MONSIEUR LOYAL

Oui, Monsieur, sil vous plt.→

La maison à présent, ↔comme savez de reste,→

Au bon Monsieur Tartuffe↔appartient sans conteste.→

De vos biens désormais↔il est maître, et seigneur,→

En vertu dun contrat↔du quel je suis porteur.→

Il est en bonne forme, ↔et lon ny peut rien dire.→

 

DAMIS

Certes, cette impudence↔est grande, et je ladmire[253].→

MONSIEUR LOYAL

Monsieur, je ne dois point↔avoir affaire à vous ;→

Cest à Monsieur, il est, ↔et raisonnable, et doux,→

Et dun homme de bien↔il sait trop bien loffice[254],→

Pour se vouloir du tout↔opposer à justice.→

ORGON

Mais

MONSIEUR LOYAL

Oui, Monsieur, je sais↔↑que pour un million

↑Vous ne voudriez pas↔↑faire rébellion ;→

Et que vous souffrirez↔en honnête personne,→

Que jexécute ici↔les ordres quon me donne.→

DAMIS

Vous pourriez bien ici, ↔sur votre noir jupon[255],→

Monsieur lhuissier à verge, ↔attirer le bâton.→

 

MONSIEUR LOYAL

Faites que votre fils↔se taise, ou se retire,→

Monsieur ; jaurais regret↔dêtre obligé décrire,→

Et de vous voir couché↔dans mon procès-verbal.→

 

DORINE

Ce Monsieur Lo[i](y)[j]al porte↔un air bien délo[i](y)[j]al !→

MONSIEUR LOYAL

Pour tous les gens de bien, ↔jai de grandes tendresses,→

Et ne me suis voulu, ↔Monsieur, charger des pces,→

Que pour vous obliger, ↔et vous faire plaisir ;→

Que pour ôter, par là, ↔le mo[i](y)[j]en den choisir,→

Qui na[i](y)[j]ant pas pour vous ↔le zèle qui me pousse,→

Auraient pu procéder ↔dune façon moins douce.→

ORGON

Et que peut-on de pis, ↔que dordonner aux gens→

De sortir de chez eux ? ↔

MONSIEUR LOYAL

On vous donne du temps,→

Et jusques demain, ↔je ferai surséance→

↓lexécution, ↔Monsieur, de lordonnance.→

Je viendrai seulement ↔passer ici la nuit,→

Avec dix de mes gens, ↔sans scandale, et sans bruit.→

Pour la forme, il faudra, ↔sil vous plaît, quon mapporte,→

Avant que se coucher, ↔les clefs de votre porte.→

Jaurai soin de ne pas ↔troubler votre repos,→

Et de ne rien souffrir ↔qui ne soit propos.→

Mais demain du matin, ↔il vous faut être habile→

vider deans ↔jusquau moindre ustensile.→

Mes gens vous aideront ; ↔et je les ai pris forts,→

Pour vous faire service ↔ tout mettre dehors.→

On nen peut pas user ↔mieux que je fais, je pense ;→

Et comme je vous traite ↔avec grande indulgence,→

Je vous conjure aussi, ↔Monsieur, den user bien,→

Et quau dû de ma charge ↔on ne me trouble en rien.→

ORGON

Du mei[j]lleur de mon cœur, ↔je donnerais sur lheure→

Les cent ↑plus beaux louis ↔de ce qui me demeure,→

Et pouvoir plaisir, ↔sur ce mufle asséner→

Le plus grand coup de poing ↔qui se puisse donner[256].→

 

CLÉANTE

Laissez, ne gàtons rien. ↔

DAMIS

A cette audace étrange,→

Jai peine me tenir, ↔et la main me démange[257].→

DORINE

Avec un si bon dos, ↔ma foi, Monsieur Lo[i](y)[j]al,→

Quelques coups de bàton ↔ne vous siéraient pas mal.→

MONSIEUR LOYAL

On pourrait bien punir ↔ces paroles infàmes,→

Mamie, et lon décrète ↔aussi contre les femmes.→

CLÉANTE

Finissons tout cela, ↔Monsieur, cen est assez ;→

Donnez tôt ce papier, ↔de gràce, et nous laissez.→

MONSIEUR LOYAL

Jusquau revoir. Le Ciel ↔vous tienne tous en joie.→

ORGON

Puisse-t-il te confondre, ↔et celui qui tenvoie!

SCÈNE V

ORGON, CLÉANTE, MARIANE, ELMIRE, MADAME PERNELLE, DORINE, DAMIS.

ORGON

Hé bien, vous le vo[i](y)[j]ez, ↔ma mère, si jai droit[258] ;→

Et vous pouvez juger ↔du reste, par lexploit.→

Ses trahisons enfin, ↔vous sont-elles connues?→

MADAME PERNELLE

Je suis toute ébaubie, ↔et je tombe des nues.→

DORINE

Vous vous plaignez tort, ↔ tort vous le blàmez,→

Et ses pieux desseins, ↔par l, sont confirmés.→

Dans lamour du prochain, ↔sa vertu se consomme,→

Il sait que très souvent ↔les biens corrompent lhomme,→

Et par charité pure, ↔il veut vous enlever→

Tout ce qui vous peut faire ↔obstacle vous sauver.→

ORGON

Taisez-vous ; cest le mot ↔quil vous faut toujours dire.→

CLÉANTE

Allons voir quel conseil ↔on doit vous faire élire[259].→

 

ELMIRE

Allez faire éclater ↔laudace de lingrat.→

Ce procédé détruit ↔la vertu du contrat ;→

Et sa délo[i](y)[j]auté ↔va paraître trop noire,→

Pour souffrir quil en ait ↔le succès quon veut croire.

SCÈNE VI

VALÈRE, ORGON, CLÉANTE, ELMIRE, MARIANE.

VALÈRE

Avec regret, Monsieur,↔je viens vous affliger ;→

Mais je my vois contraint↔par le pressant danger.→

Un ami qui mest joint↔dune amit fort tendre,→

Et qui sait lintérêt↔quen vous jai lieu de prendre,→

A viopour moi, ↔par un pas délicat,→

Le secret que lon doit↔aux affaires dÉtat,→

Et me vient denvo[i](y)[j]er un avis dont la suite→

Vous réduit[260] au parti↔dune soudaine fuite.→

Le fourbe, qui longtemps↔a pu vous imposer,→

Depuis une heure, au Prince↔a su vous accuser,→

Et remettre en ses mains, ↔dans les traits quil vous jette,→

Dun criminel dÉtat, ↔ limportante cassette,→

Dont au mépris, dit-il, ↔du devoir dun sujet,→

Vous avez conservé↔le coupable secret.→

Jignore le détail↔du crime quon vous donne,→

Mais un ordre est donné↔contre votre personne ;→

Et lui-même est chargé, ↔pour mieux lexécuter,→

Daccompagner celui↔qui vous doit arrêter.→

CLÉANTE

Voil ses droits armés[261],↔et cest par le trtre,→

De vos biens quil prétend↔herche se rendre mtre.→

 

ORGON

Lhomme est, je vous lavoue, ↔un méchant animal !→

VALÈRE

Le moindre amusement[262]↔vous peut être fatal.→

Jai, pour vous emmener, ↔mon carrosse la porte,→

Avec ↑mille louis↔quici je vous apporte.→

Ne perdons point de temps, ↔le trait est foudro[i](y)[j]ant,→

Et ce sont de ces coups↔que lon pare en fu[i](y)[j]ant.→

vous mettre en lieu sûr, ↔je moffre pour conduite,→

Et veux accompagner, ↔jusquau bout, votre fuite[263].→

ORGON

Las ! que ne dois-je point↔ vos soins obligeants ?→

Pour vous en rendre gràce, ↔il faut un autre temps ;→

Et je demande au Ciel, ↔de mêtre assez propice,→

Pour reconntre un jour↔ce généreux service.→

Adieu, prenez le soin↔vous autres

CLÉANTE

Allez tôt ;

Nous songerons, mon frère, ↔ faire ce quil faut.

SCÈNE DERNIÈRE

LEXEMPT, TARTUFFE, VALÈRE, ORGON, ELMIRE, MARIANE, etc.

TARTUFFE

Tout beau, Monsieur, tout beau,↔ne courez point si vite,→

Vous nirez pas fort loin,↔pour trouver votre gîte,→

Et de la part du Prince,↔on vous fait prisonnier.→

ORGON

Traître, tu me gardais↔ce trait pour le dernier.→

Cest le coup, scélérat, ↔par tu mexpédies,→

Et voil couronner↔ toutes tes perfidies.→

TARTUFFE

Vos injures nont rien↔ me pouvoir aigrir,→

Et je suis, pour le Ciel, ↔appris tout souffrir.→

CLÉANTE

↑La modération↔est grande, je lavoue.→

DAMIS

Comme du Ciel, linfàme, ↔impudemment se joue !→

TARTUFFE

Tous vos emportements↔ne sauraient mémouvoir,→

Et je ne songe rien, ↔qu faire mon devoir.→

MARIANE

Vous avez de ceci, ↔grande gloire prétendre[264],→

Et cet emploi pour vous, ↔ est fort honnête prendre.→

TARTUFFE

Un emploi ne saurait ↔ ↑ être que glorieux,→

Quand il part du pouvoir ↔ qui menvoie en ces lieux.→

ORGON

Mais tes-tu souvenu ↔ que ma main charitable,→

Ingrat, ta retiré ↔ dun état misérable ?→

TARTUFFE

Oui, je sais quels secours ↔ jen ai pu recevoir ;→

Mais lintérêt du Prince ↔ est mon premier devoir !→

De ce devoir sacré, ↔ la juste violence→

Étouffe dans mon cœur ↔ toute reconnaissance ;→

Et je sacrifierais ↔ de si puissants nœuds,→

Ami, femme, parents, ↔ et moi-même avec eux.→

ELMIRE

Limposteur !

DORINE

Comme il sait, ↔[265] de trtresse manre,→

Se faire un beau manteau ↔ de tout ce quon révère !→

CLÉANTE

Mais sil est si parfait ↔ que vous le déclarez,→

Ce zèle qui vous pousse, ↔ et dont vous vous parez ;→

Doù vient que pour partre, ↔ il savise dattendre,→

Qu poursuivre sa femme, ↔ il ait su vous surprendre?→

Et que vous ne songez ↔ laller dénoncer,→

Que lorsque son honneur ↔ loblige vous chasser ?→

Je ne vous parle point, ↔ pour devoir en distraire,→

Du don de tout son bien[266] ↔ quil venait de vous faire :→

Mais le voulant traiter ↔ en coupable aujourdhui,→

Pourquoi consentiez-vous ↔ rien prendre de lui ?[267]

TARTUFFE ( lExempt.)

Délivrez-moi, Monsieur, ↔ de la cri[j]aillerie,→

Et daignez accomplir ↔ votre ordre, je vous prie.→

 

LEXEMPT

Oui, cest trop demeurer, ↔ sans doute[268], laccomplir.→

Votre bouche propos ↔ minvite le remplir ;→

Et pour lexécuter, ↔ suivez-moi tout lheure[269]

Dans la prison quon doit ↔ vous donner pour demeure.→

TARTUFFE

Qui, moi, Monsieur ?

LEXEMPT[270]

Oui, vous. ↔

TARTUFFE

Pourquoi donc la prison ?[271]

 

LEXEMPT

Ce nest pas vous qui↔jen veux rendre raison.→

Remettez-vous, Monsieur, ↔dune alarme si chaude[272].→

Nous vivons sous un Prince[273]↔ ennemi de la fraude,→

Un Prince dont les yeux↔se font jour dans les cœurs,→

Et que ne peut tromper ↔ tout lart des imposteurs.→

Dun fin discernement, ↔ sa grande àme pourvue,→

Sur les choses toujours ↔ jette une droite vue,→

Chez elle jamais rien ↔ ne surprend trop daccès,→

Et sa ferme raison ↔ ne tombe en nul excès.→

Il donne aux gens de bien ↔ une gloire immortelle[274],→

Mais sans aveuglement ↔ il fait briller ce zèle,→

Et lamour pour les vrais[275], ↔ ne ferme point son cœur→

tout ce que les faux ↔ doivent donner dhorreur.→

Celui-ci nétait pas ↔ pour le pouvoir surprendre,→

Et de pièges plus fins ↔ on le voit se défendre.→

Dabord il a percé, ↔ par ses vives clartés,→

Des replis de son cœur, ↔ toutes les làchetés.→

Venant vous accuser, ↔ il sest trahi lui-même,→

Et par un juste trait ↔ de léquité suprême[276],→

Sest découvert au Prince ↔ un fourbe renommé,→

Dont sous un autre nom ↔ il était informé;→

Et cest un long détail ↔ dactions ↑ toutes noires,→

Dont on pourrait former ↔ des volumes dhistoires.→

Ce monarque, en un mot, ↔ a vers vous détesté

Sa làche ingratitude, ↔ et sa délo[i](y)[j]auté[277];→

ses autres horreurs, ↔ il a joint cette suite[278],→

Et ne ma, jusquici, ↔ soumis sa conduite,→

Que pour voir limpudence ↔ aller jusques au bout,→

Et vous faire, par lui, ↔ faire raison de tout[279].→

Oui, de tous vos papiers, ↔ dont il se dit le mtre,→

Il veut quentre vos mains, ↔ je dépouille le trtre.→

Dun souverain pouvoir ↔ ↑ il brise les liens→

Du contrat qui lui fait ↔ un don de tous vos biens,→

Et vous pardonne enfin ↔ cette offense secrète→

Où vous a, dun ami, ↔ fait tomber la retraite ;→

Et cest le prix quil donne ↔ au zèle quautrefois→

On vous vit témoigner, ↔ en appu[i](y)[j]ant ses droits[280];→

Pour montrer que son cœur ↔ sait, quand moins on y pense,→

Dune bonne action ↔ verser la récompense ;→

Que jamais le mérite, ↔ avec lui, ne perd rien,→

Et que mieux que du mal, ↔ il se souvient du bien.→

DORINE

Que le Ciel soit loué! ↔

MADAME PERNELLE

Maintenant je respire. ↔

ELMIRE

Favorable succès ! ↔

MARIANE

Qui laurait osé dire ?→

ORGON (a Tartuffe)

Hé bien, te voil, trtre ↔

 

 

 

 

CLÉANTE

Ah ! mon frère, arrêtez,→

Et ne descendez point ↔ des indignités.→

son mauvais destin ↔ laissez un misérable,→

Et ne vous joignez point ↔ au remords qui laccable.→

Souhaitez ↑ bien plutôt, ↔ que son cœur, en ce jour,→

Au sein de la vertu ↔ fasse un heureux retour ;→

Quil corrige sa vie, ↔ en détestant son vice,→

Et puisse du grand Prince ↔ adoucir la justice ;→

Tandis qu sa bonté ↔ vous irez genoux,→

Rendre ce que demande ↔ un traitement si doux.→

ORGON

Oui, cest bien dit; allons ↔ ses pieds, avec joie,→

Nous louer ↑ des bontés ↔ que son cœur nous déploie :→

Puis acquittés un peu ↔ de ce premier devoir,→

Aux justes soins dun autre, ↔ il nous faudra pourvoir ;→

Et par un doux hymen, ↔ couronner en Valère,→

La flamme dun amant ↔ généreux, et sincère.

 



[1] Mais, ma mère, doù vient

[2] Le roi Pétaut, auquel personne nobéissait, est le nom du chef que se donnait, par dérision, la corporation des mendiants parisiens.

[3] Mais Vous êtes un sot

[4] [dun mé]chant garnement

[5] .

[6] [Mais, ma mère] Ma bru

[7] Bienheureux , ,

[8] Cest un homme de bien

[9] Un cagot est un faux dévot, un hypocrite ; un cagot de critique est un hypocrite qui se mêle de tout critiquer.

[10] [ce cri]tique zélé.

[11] [Et mon] fils, à laimer

[12] [vous de]vrait tous induire

[13] Non, [voi[y]iez]-vous, ma mère

[14] il nest père, ni rien

[15] Merci de ma vie est un  serment du petit peuple  (Dictionnaire de Furetière, 1690) : Que Dieu ait pitié de ma vie.

[16] Mais pour homme de bien

[17] Rebuter quelquun : rejeter ses conseils.

[18] du moindre attachement

[19] une vie exemplaire

[20] Les brillants : léclat, la beauté.

[21] VAR. Qui ne saurait souffrir quun autre ait les plaisirs. (1682). Un autre, au sens général dune autre, est fréquent au XVIIe siècle.

[22] Les contes bleus : des adaptations populaires des romans de chevalerie formaient une  Bibliothèque bleue , ainsi appelée à cause de la couleur du papier utilisée pour la couverture des volumes.

[23] Madame : cest Dorine qui est ici ironiquement désignée.

[24] Au besoin : parce qu'il en était besoin.

[25]  On dit quun homme en aura tout le long de laune pour dire quon lui fera tout le mal quon pourra  (Dictionnaire de Furetière, 1690).

[26] Pour céans jen rabats de moitié : lestime que javais pour cette maison diminue fortement.

[27] Jour de Dieu :  Sorte de serment burlesque, et qui ne se fait que par les femmes  (Dictionnaire de Richelet, 1679).

[28] Gaupe :  Terme dinjure et de mépris. Femme malpropre et désagréable  (Littré).

[29] , .

[30] Cette bonne femme : cette vieille femme (féminin de bonhomme, qui signifie alors vieil homme).

[31] Etre coiffé de quelquun, cest être entiché de quelqu'un, ne jurer que par lui.

[32] , . , , . - . , , -, . 05.07.2020 , - , , , , , . -. , , : . . , . 12.07.2020

[33] Nos troubles : les troubles de la Fronde (16481652), durant lesquels Orgon na suivi ni le parti du Parlement, ni celui des Princes, mais est resté fidèle à la Cour. Il a ainsi acquis la réputation dhomme sage auprès du Roi, qui le récompensera au dénouement.

[34] mère, fils, fille, et femme

[35] Le directeur : Tartuffe est bien le directeur de conscience dOrgon. Certains laïcs, au XVIIe siècle, prenaient ainsi la responsabilité de diriger les âmes: ainsi, Jean de Bernières-Louvigny ou le baron Gaston de Renty.

[36] Au plus haut bout : à lendroit le plus honorable.

[37] VAR. Les bons morceaux de tout, il faut quon les lui cède. (1682).

[38] Les vers 191 à 194 étaient sautés à la représentation.

[39] Il l. , - l.

[40] Par cent dehors fardés a lart de léblouir : a lart de le tromper par cent apparences fallacieuses.

[41] Cagotisme : mot forgé sur cagot, faux dévot, hypocrite.

[42] Gloser : critiquer.

[43] Fat: sot, niais; garçon : valet à tout faire.

[44] Fleur des Saints : probablement un des deux gros volumes de louvrage du jésuite espagnol Ribadeneira, Les Fleurs des Saints et les fêtes de toute lannée, qui avait été traduit en français.

[45] Pour moins damusement : pour perdre moins de temps.

[46] [le bon]jour seulement.

[47] Lhymen : le mariage.

[48] À son effet : à sa célébration.

[49] , , , - .

[50] Le pauvre homme ! Le soir

[51] Le pauvre homme

[52] On renvoie souvent, à propos de cette exclamation répétée, à Tallement des Réaux (Historiettes, éd. A. Adam, Pléiade, t. I, p. 295) : le gardien dun couvent de capucins, à qui on donnait dexcellentes nouvelles du Père Joseph, léminence grise de Richelieu, ne cessait de dire, avec une admiration attendrie :  Le pauvre homme !  Molière a-t-il eu connaissance de lanecdote?

[53] Vos ravissements : Orgon emploie là abusivement un mot du vocabulaire mystique.

[54] On lit dans lImitation de Jésus-Christ, I, 3 : Vere prudens est qui omnia terrena arbitratur ut stercora, ce que Corneille traduit :  Vraiment sage est celui qui prend pour du fumier les choses de la terre.  Mais Orgon a renchéri sur lImitation dans les vers suivants, car ce ne sont pas seulement les biens terrestres quil méprise, mais aussi les affections familiales les plus légitimes.

[55] se mettre à deux genoux

[56] en rendre une partie

[57] Cette expression équivaut à :  Et que prétendez-vous que toutes ces niaiseries prouvent ? 

[58] Le libertinage : non pas la libre-pensée caractérisée, mais le manque de respect pour tout ce qui touche aux choses religieuses.

[59] Entiché :  gâté par quelque chose de faux ou de moralement mauvais  (Littré).

[60] Sans doute : sans aucun doute, assurément.

[61] Caton lAncien passait pour lauteur de distiques moraux souvent réimprimés aux XVIe et XVIIe siècles, et qui sont en réalité lœuvre de Dionysius Cato, qui vécut au Ier siècle de notre ère.

[62] qui soit plus odieux

[63] Ces dévots de place : ces dévots qui font profession dêtre dévots sur la place publique, comme les domestiques qui attendaient sur la place publique quon les engage, et quon appelait  valets de place .

[64] Demandent chaque jour : ont chaque jour une requête à présenter en faveur de tel ou tel de leurs protégés.

[65] Fier : brutal, féroce.

[66] Appui, au figuré, signifie  faveur, crédit  (Dictionnaire de Furetière, 1690). L'apparence du mal a chez eux peu de crédit, et elle ne suffit pas à les persuader.

[67] Ébloui : abusé, trompé.

[68] Quels sont-ils donc ? De fair

[69] , . , , , . , : : . , , . , , , , , , , , , - . , , , , . , , , .

[70] de Tartuffe notre hôte

[71] de Tartuffe notre hôte

[72] Hélas : il arrive que cette interjection ne marque pas le regret ni la douleur. (Cf. Les Femmes savantes, IV, 5, v. 1447:  Hélas! dans cette humeur conservez-le toujours ! ).

[73] Eh ? Eh ? Quest-ce ? Plaît-il ?↔

[74] Quoi ? Me suis-je méprise ?→Comment? Qui voulez-vous,↔

[75] Votrehymen : votre mariage.

[76] je Que faites-vous là ?.→

[77] Selon lédition de 1734, cest juste après le vers 440 prononcé par Mariane, que Dorine est entrée doucement et sest mise derrière Orgon sans être vue de lui.

[78] incro[i](y)[j]able? À tel point

[79] Chansons. Ce que je dis

[80] Sans doute : sans aucun doute.

[81] Il est bien gentilhomme: être gentilhomme, cest jouir de cette condition par la naissance, et non pas par lexercice dune charge ou par la grâce du roi.

[82] Un peu libertin : il ne sagit pas ici de libre-pensée caractérisée, mais de manque de respect pour tout ce qui touche à la religion.

[83] votre avis là-dessus

[84] à nulle autre seconde

[85] VAR. Et sera tout confit en douceurs, et plaisirs. (1682).

[86] Un sot : un mari trompé.

[87] Ouais, quels discours ! Je dis

[88] Son ascendant : l'influence que les astres exercent sur lui (cf. LEcole des maris, v. 1099).

[89] Cest une conscience : cest une affaire de conscience. Cest-à-dire :  Cest un devoir de ne pas vous laisser conclure une telle alliance. 

[90] ne men point parler,↔ou suffit. Comme sage,→

[91] ↔toutes choses.→Jenrage

[92] Pour tous les autres dons↔La voil bien lotie.→

[93] Élire : choisir.

[94] Quelque sotte : seule une sotte ferait cela.

[95] Payer dobéissance : faire preuve dobéissance.

[96] Je me moquerais fort : je me garderais bien, comme dune chose ridicule, de prendre un tel époux.

[97] une peste avec vous

[98] Me rasseoir : me remettre, me calmer.

[99] Quoi ? Lui dire quun cœur↔

[100] A fait pour vous des pas : vous a demandée en mariage.

[101] Je le crois. Et tous deux↔

[102] ensemble ?→Assurément.→

[103] Dans loccasion : au combat, dans la bataille. Le sens militaire de lexpression est ici confirmé par lemploi de mollir (manquer de courage, faillir, fléchir).

[104] Bourru:  fantasque, bizarre, extragant  (Dictionnaire de lAcadémie, 1694).

[105] Etre coiffé de quelquun, cest être entiché de quelquun, ne jurer que par lui.

[106]  On dit dun homme habile et difficile surprendre quil ne se mouche pas du pied  (Dictionnaire de Furetière, 1690).

[107] Heur, pour bonheur, commence être un archaïsme après 1660.

[108] Chez lui: cest l une restriction significative (cf. ce que dit Orgon aux vers 493494).

[109] Avec un tel mari : Tartuffe est un sanguin, selon la théorie des humeurs*, et les sanguins passaient pour particulièrement doués pour lamour.

[110] Mon Dieu Quelle allégress

[111] Le bailli a des attributions judiciaires dans une petite ville ; quant lélu, il est chargé de trancher en première instance les contestations relatives la répartition de certains impots.

[112] Dun siège pliant: et non dune chaise ou dun fauteuil ; Mariane sera a peine reçue dans cette société provinciale.

[113] La grandbande : on appelait ainsi les vingt-quatre violons de la chambre du Roi.

[114] Fagotin : cétait le nom du singe de Brioché, célèbre montreur de marionnettes au milieu du XVIIe siècle.

[115] que cette affaire passe

[116] Ma pauvre fille! Non.↔

[117] Si mes vœux déclarés: latinisme qui signifie : si le fait de déclarer lamour que je porte Valère pouvait conjurer le sort

[118] Fais-moi Non; vous serez, ↔

[119] Madame, une nouvelle

[120] Sans doute : sans aucun doute.

[121] Tartuffe. Il est certain

[122] [imɛn]

[123] où votre âme sarrête

[124] Madame ? Je ne sais.↔

[125] Vous ne savez ? Non. Non ?↔

[126] Oui. Tout de bon ? Sans doute.→

[127] Réussir : arriver.

[128] Quand vous Ne parlons point↔

[129] , .

[130] Le mérite Mon Dieu,↔

[131] . mérite, .

[132] Sans doute : sans aucun doute.

[133] , , , ( :-😊

[134] h aspiré

[135] Engage notre gloire : met en cause notre fierté.

[136] Sans doute : sans aucun doute. Assurément.

[137] Vous le voudri[j]ez ? Oui.↔

[138] Fort bien. Souvenez-vous↔

[139] Tant mieux. Vous me voyez,↔

[140] la bonne heure. Euh ? Quoi ?↔Ne mappelez-vous pas ?→

MARIANE

la bonne heure.

VALÈRE

Euh ? (Il sen va; et lorsquil est vers la porte, il se retourne.)

MARIANE

Quoi ?↔

VALÈRE

Ne mappelez-vous pas ?→

la bonne heure. Euh ?Quoi ? Ne mappelez-vous pas ?

[141] Moi! vous rêvez. Hé bien , , , .

[142] , , , . , , .

[143] Adieu, Madame. Adieu,↔Monsieur. Pour moi, je pense

[144] Venez ici. Non, non,↔

[145] Arrêtez. Non, vois-tu,↔

[146] Ah. Il souffre me voir,↔

[147] Laisse. Il faut revenir.→

[148] Diantre soit fait de vous si je le veux ! : le diable vous emporte si je consens vous laisser partir.

[149] , .

[150] Allons, vous. quoi bon↔ma main ? Ah ! ç, la vôtre.→

[151] Vous payerez de quelque maladie : vous prétexterez quelque maladie.

[152] Que vous disiez  oui  : si vous ne dites pas  oui .

[153] V. 813814 : Nous allons réveiller les efforts de son frère (nous dirions aujourdhui beau-frère) Cléante, et jeter Elmire, la belle-mère de Mariane, dans notre parti. Ces deux vers sadressent Mariane, comme le souligne lédition de 1734.

[154] Adieu. Quelques efforts↔

[155] Sortez, vous dis-je. Enfin

[156] Tirez : allez, partez.

[157] ..

[158] [imɛn]

[159] VAR. Mais convoiter, moi, je ne suis pas si prompte. (1682).

[160] sur-le-champ ,

[161] Hélas : cette interjection ne marque pas ici le regret ou la douleur, mais lattendrissement. (Cf. Les Femmes savantes, IV, 5, v. 1447:  Hélas ! dans cette humeur conservez-le toujours ! ).

[162] Ne nous éclaire : ne nous épie, ne nous observe.

[163] Sans doute : sans aucun doute, assurément.

[164] VAR. Et vous faire serment, que les bruits que je fais. (1682).

[165] VAR. De vous faire aucun mal je neus jamais dessein. (1682).

[166] [mwaløz] [mwɛløz] (Wiktionnaire)

[167] Ses attraits réfléchis : un reflet de ses attraits, de ses splendeurs.

[168] Amour est souvent encore féminin au XVIIe siècle.

[169] Au plus beau des portraits : devant le plus beau des portraits.

[170] Le noir esprit : le diable.

[171] Adroite se prononçait adrète (Vaugelas nous indique, dans ses Remarques, que droit se prononçait dret).

[172] une audace bien grande

[173] Vous deviez : vous auriez dû.

[174] Parodie du fameux vers de Corneille :  Ah ! pour être Romain, je nen suis pas moins homme !  (Sertorius, IV, 1, v. 1194).

[175] De mon intérieur : lintérieur est, dans la langue de la spiritualité,  la partie intime de lâme  (Littré).

[176] Cf. Mathurin Régnier, Satire XIII, v. 121124, où il est dit des moines :  Outre le saint vœu qui sert de couverture,/ Ils sont trop obligés au secret de nature/ Et savent, plus discrets, apporter en aimant/ Avecque moins déclat, plus de contentement. 

[177] Raillerie : chose déraisonnable.

[178] Damis Non, sil vous plt

[179] Il faut que je me croie : il faut que je suive mon sentiment, que je fasse ce que jai envie de faire (Cf. Le Dépit amoureux, v. 927).

[180] Vider daffaire (ou daffaires) :  On dit vider daffaires pour dire travailler en sortir promptement, les terminer  (Dictionnaire de lAcadémie, 1694).

[181] une telle impudence

[182] Tais-toi, pendard. Mon frère

[183] Infâme. Il peut Tais-toi. ↔

[184] le e muet du pronom le sélide devant la voyelle du mot suivant.

[185] Ingrat. Laissez-le en paix . : e le [] , .

[186] Donc Paix. Quoi, je Paix, dis-je.→

[187] Daprès un petit livre publié en 1730 (Lettre Mylord *** sur Baron et la Demoiselle Le Couvreur par George Wink) et les éditeurs de 1734, Tartuffe disait primitivement :  O Ciel, pardonne-lui comme je lui pardonne ! , ou, comme lindique Voltaire dans son Sommaire de Tartuffe:  O Ciel, pardonne-moi comme je lui pardonne ! 

[188] Hélas ! Le seul penser↔

[189] De ma foi : de ma fidélité votre égard.

[190] Sans doute : sans aucun doute, assurément.

[191] Ah ! mon frère, une femme

[192] Non, non. Laissez-moi vite,↔

[193] soit faite en toute chose

[194] Colorées : propres tromper.

[195] Tirées : forcées, artificieuses.

[196] Qui montre à : qui enseigne

[197] Monsieur Il est, Monsieur

[198] . .

[199] Et laccord que son père a conclu pour ce soir : accord est ici synonyme, non de contrat de mariage, car le contrat est déj tout rédigé et Orgon le rapporte de chez son notaire, mais de mariage même.

[200] Des droits de la naissance : des droits que ma naissance vous a donnés sur moi.

[201] Dispensez mes vœux de cette obéissance : dispensez-moi de cet acte dobéissance malgré les vœux que jai faits de vous obéir.

[202] Tout le mien : tout le bien dont Mariane a hérité de sa mère, la première femme dOrgon.

[203] Mais quoi Taisez-vous, vous. ↔

[204] Parlez à votre écot :  Se dit à une personne se mêlant de parler à des gens qui ne lui adressent pas la parole  (Littré).

[205] Je vous admire : je vous regarde avec étonnement.

[206] Etre coiffé de quelquun, cest être entiché de quelquun, ne jurer que par lui.

[207] Dévisager : déchirer le visage.

[208] Voir ? Oui. Chansons. Mais quoi !↔

[209] Contes en lair. Quel homme! ↔

[210] Sans aller plus loin : sans plus tarder.

[211] Comment? Vous bien cacher, ↔

[212] Il (au neutre) : cela.

[213] VAR. De mon trouble, il est vrai, jétais si possédée. (1682).

[214] VAR. Et les choses en sont en plus de sûreté. (1682).

[215] [Ce lan]gage, à comprendre, ↔

[216] [est a]ssez difficile

[217] Que lintérêt : sinon lintérêt.

[218] Sans doute : sans aucun doute, assurément.

[219] Et lon ne peut aller : et lon ne peut arriver à vous satisfaire si lon ne pousse les choses jusquaux dernières faveurs.

[220] On soupçonne aisément un sort : on se défie aisément dun sort

[221] Ces vers 14591464 sont repris, à quelques modifications près, dans Dom Garcie de Navarre, v. 654659.

[222] Se parer : se garder, se protéger.

[223] Cest la fameuse direction dintention, que Pascal a reprochée aux casuistes jésuites dans sa VIIe Provinciale.

[224] Sans doute : sans aucun doute, assurément.

[225] croire trop de léger ;→

[226] VAR. Et ne vous hâtez pas, de peur de vous méprendre. (1682).

[227] VAR. Ah ! ah ! lhomme de bien, vous men vouliez donner! (1682). En donner à quelquun : le tromper.

[228] , .

[229] Quoi ! vous cro[i](y)[j]ez Allons, ↔

[230] Mon dessein Ces discours↔

[231] sur-le-champ ,

[232] , , : , , , : , , . ? . . , , , , , , . , .

[233] Comment ? Je vois ma faute,↔

[234] La donation Oui, cest ↔

[235] Et quoi ? Vous saurez tout : ↔

[236] me trouble entièrement

[237] mettre entre les bras ,

[238] Elire : choisir.

[239] Cette confidence : le fait davoir conservé cette cassette qui vous avait été confiée.

[240] Var. Quoi ? sur un beau semblant (1682).

[241] On ne doit point gauchir : on ne doit pas y aller par quatre chemins.

[242] Mystères : secrets, révélations.

[243] Le pauvre homme !

[244] Le pauvre homme ![244] Mon fils, ↔

[245] Comment? Les gens de bien

[246] Ma mère ? Que chez vous ↔

[247] VAR. Aux menaces du fourbe, on ne doit dormir point. (1682).

[248] Cette instance : ce procès, cette poursuite.

[249] À lorgueil de ce traître : devant lorgueil de ce traître.

[250] Et mes Que veut cet homme ? ↔

[251] bien aise. Il vous faut voir→